IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Le blogue de la PDG

Marie Larue

Le blogue de la PDG est un lieu d’échanges ouvert à tous ceux et celles qui manifestent de l’intérêt pour la recherche en SST, peu importe les professions ou les disciplines. Il s’adresse aux scientifiques, aux préventeurs, aux hygiénistes du travail, mais aussi aux travailleurs et aux employeurs, qui ont à cœur l’avancement des connaissances en matière de prévention des lésions professionnelles, de réadaptation et de retour au travail.

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SST - L'état des lieux

  • 14 mars 2017

Depuis plus de 30 ans, l'IRSST publie un profil statistique par industrie-catégorie professionnelle des lésions professionnelles indemnisées au Québec. En combinant les données de la CNESST et celles de Statistique Canada, le Groupe connaissance et surveillance statistiques de l'Institut élabore une large variété d'indicateurs. On y trouve entre autres les taux de fréquence et de gravité des lésions, leurs coûts, de même qu'une description des caractéristiques des accidents et des maladies professionnelles. L'exercice est répété à tous les cinq ans, cette fois avec les données 2010-2012, ce qui permet de travailler avec des données qui ont atteint une certaine maturité et donc de mieux mesurer les conséquences des lésions. Autre caractéristique, ces indicateurs sont calculés sur la base du nombre d'employés à temps complet (ETC) plutôt que sur la base des effectifs en nombre d'individus; ainsi, on peut apprécier l'importance du travail à temps partiel et les différences qui existent selon l'âge et le sexe. Le rapport et son annexe constituent une source précieuse d'information pour les préventeurs puisqu'il permet entre autres de déterminer quels sont les industries et les catégories professionnelles (travailleurs manuels, travailleurs non manuels, travailleurs mixte) qui sont associées à des problèmes importants de SST.

Des informations plus générales y sont aussi publiées. Ainsi, on apprend - et nous nous en réjouissons - que durant la période 2005-2007 à 2010-2012, le nombre annuel de lésions professionnelles avec perte de temps indemnisée (PTI) a chuté de plus du quart (26 %). S'il y a moins de lésions, leur durée moyenne par contre a connu une hausse passant de 87,9 jours à près de 101 jours. Pas étonnant que le coût moyen par lésion s'élève à 52 506 $ en 2010-2012 par rapport à 40 830 $ en 2005-2007. Globalement, ces coûts atteignent près de 5 milliards de dollars par an (4,9 G$), soit 3,2 G$ attribuables à des coûts humains (en bleu sur le tableau) et 1,6 G$ à des coûts financiers. Les coûts financiers étant la sommation des frais médicaux, administratifs, des coûts salariaux et de ceux relatifs aux pertes de productivité. Le tableau ci-dessous répartit en pourcentage le coût annuel des accidents du travail et des maladies professionnelles. 

Vous aimeriez sans doute savoir quel rang occupe votre secteur d'activité économique par rapport au coût moyen par travailleur des lésions professionnelles? Rien de plus facile. Vous consultez l'annexe RA-963 pour apprendre, par exemple, que les 1 224 travailleurs manuels du secteur Activités de soutien à l'agriculture et à la foresterie (code SCIAN 115) ont subi 335 lésions par année; ils figurent en tête de liste avec un coût moyen de 116 846 $ par lésion , soit 31 992 $ par travailleurs ETC. Pour fins de comparaison, ce sont les 916 travailleurs non manuels du secteur Traitement des données, hébergement de données et services connexes  (code SCIAN 518)  qui affichent la meilleure situation; la seule lésion indemnisée à coûter 1 780 $, soit 3 $ par travailleur ETC. Voir les secteurs surlignés en jaune dans le tableau ci-dessous. (Pour l'agrandir, cliquez sur le tableau.)

De plus, les indicateurs montrent qu'il y a 12 industries-catégories professionnelles dont le taux de fréquence ETC de lésions avec PTI est plus de trois fois supérieur à la moyenne québécoise; à eux seuls, ces 12 secteurs sont associés à 28 % des lésions avec PTI, même s'ils ne représentent que 8 % de l'ensemble de la main-d'œuvre.

Les quelques indicateurs dont j'ai fait état ne sont qu'une infime partie des données contenues dans ce rapport et son annexe. Je suis convaincue que la production de telles statistiques à tous les cinq ans est importante pour ceux et celles qui veulent suivre l'évolution du bilan lésionnel de leur secteur d'activité. À l'aide de ces indicateurs, vous pourrez bien circonscrire vos actions préventives et vous positionnez par rapport à d'autres secteurs. Ces statistiques ne sont pas utiles qu'aux préventeurs et intervenants en SST; elles intéressent également les scientifiques puisqu'elles orientent aussi les sujets de recherche des prochaines années.

Je vous invite à les consulter.

Marie Larue

 

 

Que nous réservent la cobotique et l’intelligence artificielle?

  • 25 juillet 2016

Le travail et les façons de l'exécuter ne cessent d'évoluer. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, l'introduction de la machine à vapeur bouleverse les méthodes de production et les moyens de transport. Un siècle plus tard, la chimie, la domestication de l'électricité et le développement du moteur à explosion alimenté par le pétrole sont à l'origine de ce qu'on appelle « la plus grande révolution industrielle de l'histoire du monde ». Ces changements pavent la voie à de nouvelles formes d'organisation scientifique du travail, à la spécialisation des travailleurs (le taylorisme) ainsi qu'au travail à la chaîne, méthode inventée par le constructeur d'automobiles Henry Ford qui impose une cadence de travail déterminée par la vitesse à laquelle les convoyeurs mécaniques apportent les pièces aux ouvriers. La fin du XXe siècle se démarque par l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et de la communication. La conception des microprocesseurs conduit à la production d'ordinateurs et à tous les changements dont on a pu bénéficier et dont on bénéficie encore.

Au XXIe siècle, c'est la cobotique et l'automatisation du travail qui sont décrits comme étant à l'origine de la quatrième révolution industrielle.

Des entreprises québécoises intègrent déjà ou réfléchissent à l'implantation des robots dits collaboratifs ou cobots à leur ligne de production. Ces cobots se distinguent des robots « conventionnels » par leur coût beaucoup plus abordable et, surtout, par leurs interactions avec le travailleur qu'ils accompagnent et aident dans ses tâches. L'homme et la machine interagissent et partagent ainsi une même zone de travail, ce qui n'est pas sans créer de nouveaux risques pour les travailleurs, risques qui font déjà d'ailleurs l'objet d'études conduites par l'IRSST.

Cette automatisation des tâches ne se fera pas sans transformations majeures du travail tel qu'on le connaît, mais aussi des parcours professionnels des travailleurs. Si cette numérisation du travail ouvre de nouvelles opportunités, elle peut aussi remettre en question les emplois à moindre valeur ajoutée et ceux dont les tâches se caractérisent par leur répétitivité ou leur pénibilité. Dans une synthèse sur l'avenir du travail intitulée Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique (mai 2016), l'OCDE fait d'ailleurs des projections relatives au pourcentage de travailleurs qui occupent présentement un emploi dont les tâches pourraient être automatisées. Pour le Canada, l'OCDE avance qu'environ un emploi sur trois comporte entre 50 et 70 % de tâches automatisables et que près de 10 % des emplois comportent au moins 70 % de tâches automatisables.

Que nous réserve cette nouvelle « révolution »? Quelles seront les conséquences de ces interactions entre les machines et l'homme sur la santé, la sécurité et l'intégrité physique et psychologique des travailleurs? Chose certaine, la recherche scientifique se penche déjà sur ces nouveaux phénomènes. Entre autres, elle anticipe, apprécie et caractérise ces nouveaux risques, évalue la performance des mécanismes de sécurité des cobots, observe les installations cobotiques et leurs interactions avec les travailleurs, réfléchit aux mesures préventives à recommander afin que cette « cohabitation » se déroule correctement sur le plan de la santé et de la sécurité du travail. Car nouveauté ne signifie pas nécessairement sans danger.

Nous y reviendrons sûrement.

Marie Larue

 

NB: Wikipédia nous dit que le néologisme cobotique vient des mots coopération et robotique et en donne la définition suivante: ... branche émergente de la technologie, à l'interface de la cognitique et du facteur humain (comportement, décision, robustesse et contrôle de l'erreur), de la biomécanique  (modélisation du comportement et de la dynamique des mouvements) et de la robotique (utilisation d'artefacts dans un but de production de comportements mécaniques fiables, précis et/ou répétitifs à des fins industrielles, de santé ou de convivialité). L'objectif des cobots est d'automatiser un large éventail de tâches et de travailler au plus près de l'homme.

Coup d'oeil sur la femme au travail

  • 7 mars 2016
On dit souvent que la moitié du monde est une femme. La situation n'est pas différente au Québec où, selon Statistique Canada, on dénombrait 49,7 % d'hommes et 50,3 % de femmes en 2015. Au regard de l'emploi et du marché du travail, les femmes occupent une place de plus en plus importante. En 1980, les hommes représentaient près des deux tiers (62 %) de la population occupant un emploi tandis que 38 % des emplois étaient assurés par les femmes. Or, 35 ans plus tard, les Québécoises constituent près de la moitié de la main-d'œuvre (48 %). Ce qu'on dit peu toutefois, c'est que les femmes sont surreprésentées (65 %) dans les emplois à temps partiel par rapport aux hommes (35 %).
 
Les statisticiens et les démographes ont aussi démontré que les tâches associées à un emploi de même que la nature et les exigences d'un environnement de travail peuvent être différentes entre les hommes et les femmes. Ces distinctions selon le sexe du travailleur ont une réelle influence sur les risques pour leur santé et leur sécurité au travail. Pour obtenir ces indicateurs, l'IRSST a tenu compte de la catégorie professionnelle, de la profession, du nombre d'heures travaillées, de l'âge, de l'industrie et du nombre de travailleurs. Ces travaux ont donné lieu à la publication d'un dossier intéressant dans notre microsite Statistiques sur mesure. De plus, ces différences associées au genre et au sexe ne sont pas étrangères au fait que l'Institut et des partenaires subventionnent depuis 2013 la première chaire en SST sur le genre, le travail et la santé, dont la titulaire est Julie Côté de l'Université McGill. Son programme de recherche s'intitule « une meilleure compréhension pour une meilleure prévention des TMS liés au travail : une approche concertée selon le genre et sexe ». Cette initiative, entre autres, s'inscrit tout à fait dans ma philosophie en cette matière, c'est-à-dire que l'IRSST doit consacrer tout autant d'efforts de recherche à étudier les difficultés vécues par les femmes en milieu de travail que celles éprouvées par les hommes à l'égard de leur santé, de leur sécurité, mais aussi en matière de réadaptation au travail. Pour moi, il s'agit d'une question d'équité à l'endroit des femmes en matière de recherche. C'est notre contribution et j'y tiens. La recherche doit inclure TOUTES les catégories de travailleurs, dont les femmes puisqu'elles constituent près de la moitié de la main-d'œuvre.

À l'IRSST, la contribution des femmes sur le marché du travail n'est pas seulement une préoccupation de recherche; elle se traduit aussi par l'influence qu'elles ont dans notre organisation.

À toutes les femmes, mais particulièrement aux Québécoises qui font partie de la main d'œuvre active, je souhaite une journée internationale propice à la réflexion au regard de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Marie Larue