IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Le blogue de la PDG

Marie Larue

Le blogue de la PDG est un lieu d’échanges ouvert à tous ceux et celles qui manifestent de l’intérêt pour la recherche en SST, peu importe les professions ou les disciplines. Il s’adresse aux scientifiques, aux préventeurs, aux hygiénistes du travail, mais aussi aux travailleurs et aux employeurs, qui ont à cœur l’avancement des connaissances en matière de prévention des lésions professionnelles, de réadaptation et de retour au travail.

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Que nous réservent la cobotique et l’intelligence artificielle?

  • 25 juillet 2016

Le travail et les façons de l'exécuter ne cessent d'évoluer. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, l'introduction de la machine à vapeur bouleverse les méthodes de production et les moyens de transport. Un siècle plus tard, la chimie, la domestication de l'électricité et le développement du moteur à explosion alimenté par le pétrole sont à l'origine de ce qu'on appelle « la plus grande révolution industrielle de l'histoire du monde ». Ces changements pavent la voie à de nouvelles formes d'organisation scientifique du travail, à la spécialisation des travailleurs (le taylorisme) ainsi qu'au travail à la chaîne, méthode inventée par le constructeur d'automobiles Henry Ford qui impose une cadence de travail déterminée par la vitesse à laquelle les convoyeurs mécaniques apportent les pièces aux ouvriers. La fin du XXe siècle se démarque par l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et de la communication. La conception des microprocesseurs conduit à la production d'ordinateurs et à tous les changements dont on a pu bénéficier et dont on bénéficie encore.

Au XXIe siècle, c'est la cobotique et l'automatisation du travail qui sont décrits comme étant à l'origine de la quatrième révolution industrielle.

Des entreprises québécoises intègrent déjà ou réfléchissent à l'implantation des robots dits collaboratifs ou cobots à leur ligne de production. Ces cobots se distinguent des robots « conventionnels » par leur coût beaucoup plus abordable et, surtout, par leurs interactions avec le travailleur qu'ils accompagnent et aident dans ses tâches. L'homme et la machine interagissent et partagent ainsi une même zone de travail, ce qui n'est pas sans créer de nouveaux risques pour les travailleurs, risques qui font déjà d'ailleurs l'objet d'études conduites par l'IRSST.

Cette automatisation des tâches ne se fera pas sans transformations majeures du travail tel qu'on le connaît, mais aussi des parcours professionnels des travailleurs. Si cette numérisation du travail ouvre de nouvelles opportunités, elle peut aussi remettre en question les emplois à moindre valeur ajoutée et ceux dont les tâches se caractérisent par leur répétitivité ou leur pénibilité. Dans une synthèse sur l'avenir du travail intitulée Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique (mai 2016), l'OCDE fait d'ailleurs des projections relatives au pourcentage de travailleurs qui occupent présentement un emploi dont les tâches pourraient être automatisées. Pour le Canada, l'OCDE avance qu'environ un emploi sur trois comporte entre 50 et 70 % de tâches automatisables et que près de 10 % des emplois comportent au moins 70 % de tâches automatisables.

Que nous réserve cette nouvelle « révolution »? Quelles seront les conséquences de ces interactions entre les machines et l'homme sur la santé, la sécurité et l'intégrité physique et psychologique des travailleurs? Chose certaine, la recherche scientifique se penche déjà sur ces nouveaux phénomènes. Entre autres, elle anticipe, apprécie et caractérise ces nouveaux risques, évalue la performance des mécanismes de sécurité des cobots, observe les installations cobotiques et leurs interactions avec les travailleurs, réfléchit aux mesures préventives à recommander afin que cette « cohabitation » se déroule correctement sur le plan de la santé et de la sécurité du travail. Car nouveauté ne signifie pas nécessairement sans danger.

Nous y reviendrons sûrement.

Marie Larue

 

NB: Wikipédia nous dit que le néologisme cobotique vient des mots coopération et robotique et en donne la définition suivante: ... branche émergente de la technologie, à l'interface de la cognitique et du facteur humain (comportement, décision, robustesse et contrôle de l'erreur), de la biomécanique  (modélisation du comportement et de la dynamique des mouvements) et de la robotique (utilisation d'artefacts dans un but de production de comportements mécaniques fiables, précis et/ou répétitifs à des fins industrielles, de santé ou de convivialité). L'objectif des cobots est d'automatiser un large éventail de tâches et de travailler au plus près de l'homme.

Coup d'oeil sur la femme au travail

  • 7 mars 2016
On dit souvent que la moitié du monde est une femme. La situation n'est pas différente au Québec où, selon Statistique Canada, on dénombrait 49,7 % d'hommes et 50,3 % de femmes en 2015. Au regard de l'emploi et du marché du travail, les femmes occupent une place de plus en plus importante. En 1980, les hommes représentaient près des deux tiers (62 %) de la population occupant un emploi tandis que 38 % des emplois étaient assurés par les femmes. Or, 35 ans plus tard, les Québécoises constituent près de la moitié de la main-d'œuvre (48 %). Ce qu'on dit peu toutefois, c'est que les femmes sont surreprésentées (65 %) dans les emplois à temps partiel par rapport aux hommes (35 %).
 
Les statisticiens et les démographes ont aussi démontré que les tâches associées à un emploi de même que la nature et les exigences d'un environnement de travail peuvent être différentes entre les hommes et les femmes. Ces distinctions selon le sexe du travailleur ont une réelle influence sur les risques pour leur santé et leur sécurité au travail. Pour obtenir ces indicateurs, l'IRSST a tenu compte de la catégorie professionnelle, de la profession, du nombre d'heures travaillées, de l'âge, de l'industrie et du nombre de travailleurs. Ces travaux ont donné lieu à la publication d'un dossier intéressant dans notre microsite Statistiques sur mesure. De plus, ces différences associées au genre et au sexe ne sont pas étrangères au fait que l'Institut et des partenaires subventionnent depuis 2013 la première chaire en SST sur le genre, le travail et la santé, dont la titulaire est Julie Côté de l'Université McGill. Son programme de recherche s'intitule « une meilleure compréhension pour une meilleure prévention des TMS liés au travail : une approche concertée selon le genre et sexe ». Cette initiative, entre autres, s'inscrit tout à fait dans ma philosophie en cette matière, c'est-à-dire que l'IRSST doit consacrer tout autant d'efforts de recherche à étudier les difficultés vécues par les femmes en milieu de travail que celles éprouvées par les hommes à l'égard de leur santé, de leur sécurité, mais aussi en matière de réadaptation au travail. Pour moi, il s'agit d'une question d'équité à l'endroit des femmes en matière de recherche. C'est notre contribution et j'y tiens. La recherche doit inclure TOUTES les catégories de travailleurs, dont les femmes puisqu'elles constituent près de la moitié de la main-d'œuvre.

À l'IRSST, la contribution des femmes sur le marché du travail n'est pas seulement une préoccupation de recherche; elle se traduit aussi par l'influence qu'elles ont dans notre organisation.

À toutes les femmes, mais particulièrement aux Québécoises qui font partie de la main d'œuvre active, je souhaite une journée internationale propice à la réflexion au regard de la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

Marie Larue

 

 

 

35e anniversaire de l'IRSST - Place à la sécurité

  • 21 août 2015

« Une enquête du Conseil de la recherche en santé du Québec complétée au cours de l'été 1977, auprès de 35 chercheurs, a permis de dénombrer 57 projets en cours. Un grand nombre de sujets de recherche sont touchés, alors que la majorité des travaux portent sur les cancers, les maladies pulmonaires, les effets de certaines substances toxiques et les répercussions psychologiques de certains types de travaux. » [i]

Ce qui saute aux yeux en relisant ce passage de la Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs publiée en 1978, c'est la moindre place accordée aux études portant sur la sécurité par rapport à celles qui traitent de la santé. D'ailleurs, la dénomination des premières équipes associées de recherche, statut accordé par l'IRSST à des groupes de chercheurs externes rattachés à des universités et auxquels l'Institut accordait des subventions, démontre bien cet intérêt en faveur des questions sanitaires. Ces équipes se consacraient à la « toxicologie industrielle », à « l'épidémiologie des lésions professionnelles », à « l'épidémiologie des cancers professionnels », au « génie biomédical », à « la pathophysiologie et le dépistage précoce des pneumoconioses », etc. De plus, ce sont des questions de santé qui se trouvent au coeur du projet initial du premier programme de recherche interne lancé par l'IRSST en 1981 et qui s'intitulait La femme au travail. On trouvait bien quelques projets en matière de sécurité dans le carnet de recherche de l'Institut, mais ce n'est qu'en 1982 - trois ans après sa création - que son programme de recherche interne Sécurité et ingénierie fut mis sur pied. On peut lire dans le rapport annuel 1982 que ce changement d'orientation « reflète une préoccupation majeure exprimée par le monde du travail et correspond à une priorité définie par la Commission de la santé et de la sécurité du travail ». Le tout premier projet de ce programme aura pour objet la sécurité des travailleurs sur les chantiers de construction, qui « comptent une proportion alarmante d'accidents du travail ». 

Aujourd'hui, la composition de notre carnet de recherche est plus équilibrée et il se réalise beaucoup plus de recherche en SST. Ainsi, en 2014, à lui seul, l'IRSST comptait 185 projets actifs. Et sur les 35 nouveaux projets dont les travaux débutaient en cours d'année, pas moins de 10 portaient spécifiquement sur la sécurité, c'est-à-dire sur des questions de prévention des risques mécaniques et physiques, alors que les résultats de ce champ de recherche donnaient lieu à la publication de 10 rapports scientifiques, de trois fiches techniques et de deux outils d'intervention pour soutenir les préventeurs. Pour sa part, le Plan quinquennal, 2013-2017 de l'Institut prévoit 13 programmations thématiques ayant pour objet la sécurité du travail. On y trouve des sujets aussi divers que le cadenassage des machines, les outils portatifs, la protection auditive, la résistance des gants et des vêtements de protection aux agresseurs mécaniques et physiques, les chutes de hauteur, les sièges à suspension, les signaux d'alarme, etc.

En 1983, Robert Sauvé, président de l'IRSST, écrivait que les indicateurs de lésions nous invitaient « à mettre plus l'accent sur la sécurité que la santé ». S'il était toujours parmi nous, il dirait sans doute que le virage a été bel et bien négocié et que les résultats parlent d'eux-mêmes. Aujourd'hui, sans négliger les questions de santé, la programmation de l'Institut accorde à la sécurité du travail toute la place qui lui revient. Je conclurais en disant que cette orientation est là pour y demeurer tant que les bilans lésionnels et les problématiques récurrentes ou émergentes nécessiteront un avancement des connaissances.

 

Marie Larue

 

[i] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC. Politique québécoise de la santé et de la sécurité des travailleurs, Québec, 1978, page 163.