IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Le blogue de la PDG

Marie Larue

Le blogue de la PDG est un lieu d’échanges ouvert à tous ceux et celles qui manifestent de l’intérêt pour la recherche en SST, peu importe les professions ou les disciplines. Il s’adresse aux scientifiques, aux préventeurs, aux hygiénistes du travail, mais aussi aux travailleurs et aux employeurs, qui ont à cœur l’avancement des connaissances en matière de prévention des lésions professionnelles, de réadaptation et de retour au travail.

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En ce 28 avril: se souvenir, et agir

  • Wednesday, April 26, 2017

Il existe plusieurs indicateurs de SST et certains montrent une évolution positive et encourageante de la situation. Par exemple, le nombre d'accidents du travail chute depuis des années tant au Québec qu'au Canada. Ainsi, selon l'Association des commissions des accidents du travail du Canada, le nombre d'accidents avec perte de temps indemnisée  au Québec est tombé sous la barre des 100 000 en 2001 après avoir atteint un sommet, en 1989, avec 218 708. En 2015, le nombre de dossiers ouverts et acceptés pour une lésion professionnelle se chiffrait à 87 618. Il s'agit d'une baisse importante.

Vous me direz, et avec raison, que ces statistiques ne sont d'aucune consolation pour les familles et les proches des travailleurs qui ont perdu la vie dans l'exercice de leur fonction. Nous avons envers eux, je crois, un devoir de souvenir qui doit déborder du cadre de chaque 28 avril, Journée internationale de commémoration des victimes d'accidents du travail et de maladies professionnelles. Ces victimes étaient encore 196 à perdre la vie en travaillant au Québec en 2015, soit un nombre un peu moins élevé que les 223 décès déplorés en 2005, mais encore beaucoup, beaucoup trop important.

Toute médaille a son revers. La diminution du nombre d'accidents du travail ne doit pas devenir un miroir aux alouettes qui nous détourne de la prévention. Ne perdons pas de vue que les maladies professionnelles n'ont jamais fait autant de victimes; que des secteurs d'activité comme la construction affichent des bilans lésionnels préoccupants; que le fléau des troubles musculosquelettiques est loin d'être éradiqué bien qu'il se résorbe progressivement; de près de 30 000 en 2009, le nombre total de lésions TMS a diminué à 22 260 en 2015; que des défis majeurs se pointent entre autres le vieillissement de la main-d'œuvre, etc.

Réjouissons-nous de constater que des indicateurs de SST évoluent positivement, mais ne baissons pas les bras. Retroussons plutôt nos manches en se rappelant que la CNESST a versé pas moins de 1 926 688 000 $, soit près de 2 milliards de dollars, en prestations en 2015. Que des associations paritaires, patronales, syndicales et professionnelles, des employeurs et des travailleurs s'investissent à fond en matière de prévention des lésions professionnelles.

Le hasard a voulu que l'IRSST publie son rapport Lésions professionnelles indemnisées au Québec en 2010-2012 - Profil statistique par industrie/catégorie professionnelle et une annexe alors même que l'Organisation internationale du travail (OIT) choisissait comme thématique du 28 avril « la nécessité cruciale, pour les pays, d'améliorer leur capacité à collecter et à utiliser des données fiables sur la SST ».

À cet égard, l'IRSST demeure un joueur de premier plan dans la production d'indicateurs et de données statistiques de SST. En 2016, nous n'avions pas moins de 173 activités ou projets de recherche actifs dans lesquels plus de 200 organismes partenaires étaient engagés. Tous ces projets ont pour objet de fournir aux préventeurs, aux travailleurs et aux employeurs les connaissances et les données probantes sur lesquelles ils peuvent fonder leurs actions préventives et celles en matière de réadaptation et de retour au travail des victimes.

En ce 28 avril 2017, je conclurai en disant que nous n'avons pas seulement le devoir de nous souvenir des victimes d'accidents du travail ou de maladies professionnelles. Nous avons aussi le devoir d'agir afin d'éliminer à la source même des dangers pour la santé, la sécurité et l'intégrité physique des travailleurs québécois actuels, comme le stipule la Loi sur la santé et la sécurité du travail, et de contribuer, par la recherche, à prévenir la survenue de ces lésions.

Regardons devant, et soyons vigilants! Tous ensemble.

Marie Larue

 

SST - L'état des lieux

  • Tuesday, March 14, 2017

Depuis plus de 30 ans, l'IRSST publie un profil statistique par industrie-catégorie professionnelle des lésions professionnelles indemnisées au Québec. En combinant les données de la CNESST et celles de Statistique Canada, le Groupe connaissance et surveillance statistiques de l'Institut élabore une large variété d'indicateurs. On y trouve entre autres les taux de fréquence et de gravité des lésions, leurs coûts, de même qu'une description des caractéristiques des accidents et des maladies professionnelles. L'exercice est répété à tous les cinq ans, cette fois avec les données 2010-2012, ce qui permet de travailler avec des données qui ont atteint une certaine maturité et donc de mieux mesurer les conséquences des lésions. Autre caractéristique, ces indicateurs sont calculés sur la base du nombre d'employés à temps complet (ETC) plutôt que sur la base des effectifs en nombre d'individus; ainsi, on peut apprécier l'importance du travail à temps partiel et les différences qui existent selon l'âge et le sexe. Le rapport et son annexe constituent une source précieuse d'information pour les préventeurs puisqu'il permet entre autres de déterminer quels sont les industries et les catégories professionnelles (travailleurs manuels, travailleurs non manuels, travailleurs mixte) qui sont associées à des problèmes importants de SST.

Des informations plus générales y sont aussi publiées. Ainsi, on apprend - et nous nous en réjouissons - que durant la période 2005-2007 à 2010-2012, le nombre annuel de lésions professionnelles avec perte de temps indemnisée (PTI) a chuté de plus du quart (26 %). S'il y a moins de lésions, leur durée moyenne par contre a connu une hausse passant de 87,9 jours à près de 101 jours. Pas étonnant que le coût moyen par lésion s'élève à 52 506 $ en 2010-2012 par rapport à 40 830 $ en 2005-2007. Globalement, ces coûts atteignent près de 5 milliards de dollars par an (4,9 G$), soit 3,2 G$ attribuables à des coûts humains (en bleu sur le tableau) et 1,6 G$ à des coûts financiers. Les coûts financiers étant la sommation des frais médicaux, administratifs, des coûts salariaux et de ceux relatifs aux pertes de productivité. Le tableau ci-dessous répartit en pourcentage le coût annuel des accidents du travail et des maladies professionnelles. 

Vous aimeriez sans doute savoir quel rang occupe votre secteur d'activité économique par rapport au coût moyen par travailleur des lésions professionnelles? Rien de plus facile. Vous consultez l'annexe RA-963 pour apprendre, par exemple, que les 1 224 travailleurs manuels du secteur Activités de soutien à l'agriculture et à la foresterie (code SCIAN 115) ont subi 335 lésions par année; ils figurent en tête de liste avec un coût moyen de 116 846 $ par lésion , soit 31 992 $ par travailleurs ETC. Pour fins de comparaison, ce sont les 916 travailleurs non manuels du secteur Traitement des données, hébergement de données et services connexes  (code SCIAN 518)  qui affichent la meilleure situation; la seule lésion indemnisée à coûter 1 780 $, soit 3 $ par travailleur ETC. Voir les secteurs surlignés en jaune dans le tableau ci-dessous. (Pour l'agrandir, cliquez sur le tableau.)

De plus, les indicateurs montrent qu'il y a 12 industries-catégories professionnelles dont le taux de fréquence ETC de lésions avec PTI est plus de trois fois supérieur à la moyenne québécoise; à eux seuls, ces 12 secteurs sont associés à 28 % des lésions avec PTI, même s'ils ne représentent que 8 % de l'ensemble de la main-d'œuvre.

Les quelques indicateurs dont j'ai fait état ne sont qu'une infime partie des données contenues dans ce rapport et son annexe. Je suis convaincue que la production de telles statistiques à tous les cinq ans est importante pour ceux et celles qui veulent suivre l'évolution du bilan lésionnel de leur secteur d'activité. À l'aide de ces indicateurs, vous pourrez bien circonscrire vos actions préventives et vous positionnez par rapport à d'autres secteurs. Ces statistiques ne sont pas utiles qu'aux préventeurs et intervenants en SST; elles intéressent également les scientifiques puisqu'elles orientent aussi les sujets de recherche des prochaines années.

Je vous invite à les consulter.

Marie Larue

 

 

Que nous réservent la cobotique et l’intelligence artificielle?

  • Monday, July 25, 2016

Le travail et les façons de l'exécuter ne cessent d'évoluer. Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, l'introduction de la machine à vapeur bouleverse les méthodes de production et les moyens de transport. Un siècle plus tard, la chimie, la domestication de l'électricité et le développement du moteur à explosion alimenté par le pétrole sont à l'origine de ce qu'on appelle « la plus grande révolution industrielle de l'histoire du monde ». Ces changements pavent la voie à de nouvelles formes d'organisation scientifique du travail, à la spécialisation des travailleurs (le taylorisme) ainsi qu'au travail à la chaîne, méthode inventée par le constructeur d'automobiles Henry Ford qui impose une cadence de travail déterminée par la vitesse à laquelle les convoyeurs mécaniques apportent les pièces aux ouvriers. La fin du XXe siècle se démarque par l'arrivée des nouvelles technologies de l'information et de la communication. La conception des microprocesseurs conduit à la production d'ordinateurs et à tous les changements dont on a pu bénéficier et dont on bénéficie encore.

Au XXIe siècle, c'est la cobotique et l'automatisation du travail qui sont décrits comme étant à l'origine de la quatrième révolution industrielle.

Des entreprises québécoises intègrent déjà ou réfléchissent à l'implantation des robots dits collaboratifs ou cobots à leur ligne de production. Ces cobots se distinguent des robots « conventionnels » par leur coût beaucoup plus abordable et, surtout, par leurs interactions avec le travailleur qu'ils accompagnent et aident dans ses tâches. L'homme et la machine interagissent et partagent ainsi une même zone de travail, ce qui n'est pas sans créer de nouveaux risques pour les travailleurs, risques qui font déjà d'ailleurs l'objet d'études conduites par l'IRSST.

Cette automatisation des tâches ne se fera pas sans transformations majeures du travail tel qu'on le connaît, mais aussi des parcours professionnels des travailleurs. Si cette numérisation du travail ouvre de nouvelles opportunités, elle peut aussi remettre en question les emplois à moindre valeur ajoutée et ceux dont les tâches se caractérisent par leur répétitivité ou leur pénibilité. Dans une synthèse sur l'avenir du travail intitulée Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique (mai 2016), l'OCDE fait d'ailleurs des projections relatives au pourcentage de travailleurs qui occupent présentement un emploi dont les tâches pourraient être automatisées. Pour le Canada, l'OCDE avance qu'environ un emploi sur trois comporte entre 50 et 70 % de tâches automatisables et que près de 10 % des emplois comportent au moins 70 % de tâches automatisables.

Que nous réserve cette nouvelle « révolution »? Quelles seront les conséquences de ces interactions entre les machines et l'homme sur la santé, la sécurité et l'intégrité physique et psychologique des travailleurs? Chose certaine, la recherche scientifique se penche déjà sur ces nouveaux phénomènes. Entre autres, elle anticipe, apprécie et caractérise ces nouveaux risques, évalue la performance des mécanismes de sécurité des cobots, observe les installations cobotiques et leurs interactions avec les travailleurs, réfléchit aux mesures préventives à recommander afin que cette « cohabitation » se déroule correctement sur le plan de la santé et de la sécurité du travail. Car nouveauté ne signifie pas nécessairement sans danger.

Nous y reviendrons sûrement.

Marie Larue

 

NB: Wikipédia nous dit que le néologisme cobotique vient des mots coopération et robotique et en donne la définition suivante: ... branche émergente de la technologie, à l'interface de la cognitique et du facteur humain (comportement, décision, robustesse et contrôle de l'erreur), de la biomécanique  (modélisation du comportement et de la dynamique des mouvements) et de la robotique (utilisation d'artefacts dans un but de production de comportements mécaniques fiables, précis et/ou répétitifs à des fins industrielles, de santé ou de convivialité). L'objectif des cobots est d'automatiser un large éventail de tâches et de travailler au plus près de l'homme.