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Solvants verts : fondements, santé, sécurité, environnement et substitution

Résumé

L’utilisation de solvants dans de nombreuses applications (dégraissage, nettoyage, décapage, imprimerie, peintures, adhésifs, fabrication de produits pharmaceutiques) constitue une préoccupation majeure. En effet, un grand nombre d’entre eux sont associés à des effets nocifs, tant sur la santé et la sécurité des travailleurs (brûlure, cancer, dermatite, encéphalopathie, fœtotoxicité, polynévrite) que sur l’environnement et la santé de la population générale (précurseurs de smog, pollution des eaux, couche d’ozone). Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises veulent prendre le virage vert, c.-à-d. faire en sorte que leurs activités et leurs produits s’inscrivent dans la démarche du développement durable. C’est dans ce contexte que sont apparus des solvants diversement qualifiés de verts, écologiques, biodégradables, durables. Or, il n’est pas toujours clair dans quelle mesure ces « solvants verts » sont effectivement respectueux de l’environnement ou sans danger pour ceux et celles qui sont exposés à ces produits. L’objectif de la présente étude consistait donc à produire une monographie présentant de façon synthétique et critique les connaissances sur les aspects sanitaires, sécuritaires, environnementaux, techniques, réglementaires et normatifs des solvants qualifiés comme verts.

Une recension de la littérature scientifique, technique et commerciale traitant des solvants verts a permis de les classer d’après l’origine des matières premières utilisées pour les fabriquer. Ainsi, on retrouve des solvants dérivés des glucides, comme le lactate d’éthyle et divers alcools, dont le butan-1-ol, des solvants dérivés des lipides comme les esters méthyliques d’acides gras, ou obtenus à partir de végétaux comme le d-limonène extrait de pelures d’agrumes, ou encore à partir de déchets lignocellulosiques comme le 2-méthyltétrahydrofurane. En outre, de nouvelles classes de solvants verts ont fait leur apparition, p. ex. : les solvants eutectiques profonds (liquides obtenus en mélangeant des substances solides), les liquides ioniques (sels organiques fondus), les solvants commutables (résultant du bullage de gaz carbonique dans un liquide comme l’eau), l’eau et le dioxyde de carbone supercritiques (c.-à-d. préparés à des températures et sous des pressions élevées leur conférant des propriétés de solvant organique). Par ailleurs, l’eau, dans son état liquide normal, joue un rôle comme milieu réactionnel, ainsi que dans les préparations aqueuses utilisées pour le dégraissage industriel, les revêtements, les adhésifs et les encres. Finalement, on qualifie parfois de verts un certain nombre de solvants, même s’ils sont issus de la pétrochimie, au vu de leurs bonnes performances environnementales, p. ex. : parachlorotrifluorométhylbenzène, carbonate de propylène, certains siloxanes et solvants polymériques comme certains polyéthylènes glycols.

Certaines entreprises peuvent être tentées par l’écoblanchiment ou le verdissage des solvants qu’ils produisent ou formulent. L’écoblanchiment est une opération de relations publiques menée par une organisation pour masquer ses activités polluantes et tenter de présenter un caractère écoresponsable. Par ailleurs de nombreux fabricants désirant verdir leurs produits se sont tournés vers la certification environnementale sous la forme d’étiquettes (ou labels) écologiques. Ces dernières visent à assurer une impartialité dans l’évaluation des produits et une garantie de respect de critères minimaux, tout en augmentant la transparence pour les consommateurs. Ainsi, on retrouve, en Amérique du Nord, des certifications diverses comme Green Seal, Greenguard, ECOLOGO. Ce sont généralement des formulations qui sont visées comme des peintures, des vernis, des produits nettoyants, des adhésifs, des revêtements de plancher ou des décapants. Ces étiquettes font une large part au contrôle de la teneur en composés organiques volatils (COV). L’étiquette Safer Choice, quant à elle, repose sur une liste de solvants considérés comme plus ou moins verts selon divers critères et classés selon un code de couleur. De son côté, la norme Biopreferred vise à augmenter l’utilisation de produits biosourcés, c’est-à-dire à haute teneur en carbone organique récent, issus notamment de la foresterie et de l’agriculture. Divers labels ont été développés en Europe (EU Ecolabel, Nordic Ecolabelling), incluant également une norme sur les solvants biosourcés.

De nombreux règlements portant sur les substances chimiques en milieu de travail ou dans l’environnement favorisent la substitution des solvants classiques et l’utilisation de solvants verts. La Loi canadienne sur la protection de l’environnement et, au Québec, le Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère limitent notamment l’émission de COV dans divers secteurs. Au Québec, la substitution des matières dangereuses émises dans l’environnement de travail est encouragée par le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST). L’Ontario, quant à elle, bénéficie d’une Loi sur la réduction des toxiques. Mentionnons, aux États-Unis, le Clean Air Act visant notamment les COV et la Loi du Massachusetts sur la réduction des toxiques. En Europe le règlement REACH impose le principe de substitution pour une gamme de substances toxiques et encourage leur remplacement par des produits propres et durables.

On retrouve une diversité d’outils et de sources d’information pour aider au remplacement des solvants traditionnels et pouvant aider à l’évaluation et à la sélection de solvants verts, notamment le fichier de tableur P2OASys du Toxics Use Reduction Institute du Massachusetts, portant sur l’ensemble des substances toxiques, et le logiciel PARIS III de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis dédié aux solvants industriels. On retrouve également des guides, de la documentation et des outils de sélection spécifiques à diverses applications comme dans l’industrie pharmaceutique, les laboratoires de chimie, les peintures, les nettoyants et les dégraissants.

Malgré la multiplication des étiquettes écologiques et des certifications, une confusion demeure pour définir ce qui est réellement un solvant vert. Une application stricte des critères de la chimie verte signifie d’utiliser un solvant qui serait notamment peu toxique pour les travailleurs et l’environnement, issu de ressources renouvelables et ininflammables. Comme plusieurs solvants qualifiés de verts, utilisés en remplacement des solvants traditionnels, ne sont pas sans danger pour les travailleurs, il est justifié de recommander qu’une analyse des effets potentiels sur la santé et sur la sécurité des travailleurs soit effectuée dans tous projets de substitution, pour s’assurer de ne pas faire de transfert de risque d’une catégorie d’impacts à une autre. Pour ce faire, la méthode de substitution en 9 étapes, à la base de l’utilitaire Solub, demeure la solution à appliquer, que l’on soit face à un solvant prétendument vert ou non.

Il serait imprudent pour les auteurs de ce rapport de faire des recommandations précises de solvants verts applicables à toutes les situations. Toutefois, certaines catégories de solvants doivent être favorisées comme l’eau, les solvants biosourcés tels que les EMAG, ainsi que ceux qui répondent à un maximum de critères de la chimie verte. Finalement, afin de favoriser au Québec le remplacement des solvants traditionnels par des options vertes, le législateur pourrait s’inspirer de la Loi sur la réduction des toxiques de l’État du Massachusetts qui, tout en étant contraignante pour les entreprises, leur offre des ressources pour les aider concrètement à réaliser leurs projets de substitution de substances toxiques.

Note


Informations complémentaires

Catégorie : Rapport de recherche
Auteur(s) :
  • Denis Bégin
  • Caroline Couture
  • Michel Gérin
  • Maximilien Debia
Projet de recherche : 2016-0041
Mis en ligne le : 26 mai 2020
Format : Texte