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Textiles intelligents : leur application au domaine de la SST


Textiles intelligents : leur application au domaine de la SST

Bien avant d'être à la mode, le jeans a été porté comme vêtement de travail par les fermiers et les mineurs en raison de sa résistance. De fil en aiguille, les textiles ont beaucoup évolué, au point où, de nos jours, certains sont dits « intelligents ». Ces matières sont capables de réagir et de s'adapter à des stimuli de toutes sortes : électriques, magnétiques ou encore thermiques. Si elles ne sont pas d'abord conçues dans une perspectives de santé et de sécurité du travail (SST), certaines offrent des avenues intéressantes à cet effet.

« Nous sommes très avancés en matière de technologie des textiles intelligents. Nous avons une grande capacité de recherche ainsi qu’une capacité manufacturière aussi bien au Québec, qu’au Canada », mentionne Justine Decaens, chef de groupe, Textiles intelligents, chez Groupe CTT.

Avec sa collègue Patricia Dolez, Justine Decaens a récemment complété une analyse du potentiel d’application des textiles intelligents dans une perspective de santé et de sécurité du travail, dans le cadre d’une recherche financée par l’IRSST. 

Son équipe de recherche a passé en revue la littérature scientifique et technique, en plus de prendre contact avec des fabricants. Plus de 500 références à des technologies, des solutions et des produits pertinents aux textiles et matériaux intelligents ont été épluchés.

« On a considéré l’ensemble des textiles intelligents de produits déjà commercialisés. Il faut dire que peu sont directement appliqués en SST à l’heure actuelle. On parle plutôt de produits pour faire du sport, pour les loisirs ou encore, du domaine médical », explique Justine Decaens.

Des exemples d’applications

Parmi les faits saillants de l’application de ces matières, Justine Decaens cite en exemple un capteur textile de flux de chaleur perméable à la vapeur d’eau qui peut déterminer la quantité de chaleur échangée entre le corps humain et son environnement en tenant compte de la transpiration du sujet. « Nous avons aussi regardé les vêtements de sport, par exemple ceux qui mesurent le rythme cardiaque. Il peut s’agir de paramètres intéressants à regarder pour les travailleurs isolés qui font face à des situations de stress, comme les pompiers ou les policiers », avance-t-elle.

Il existe également des combinaisons qui servent à mesurer l’activité musculaire et peuvent aider à surveiller les indices de troubles musculosquelettiques pour ainsi les prévenir. « Les gens qui travaillent sur une chaîne de production ou qui sont amenés à faire des mouvements répétés pourront utiliser ces vêtements pour analyser leur posture.

« Il serait facile d’établir des limites, dire qu’un mouvement ne dépasse pas un certain seuil, par exemple », fait valoir Justine Decaens. Elle ajoute que ces vêtements pourraient agir un peu comme une deuxième peau : « Quand on y pense, de plus en plus de personnes dans le domaine de l’automobile travaillent avec un exosquelette pour les aider dans leur tâche. Les textiles intelligents, ça paraît un peu comme de la science-fiction, mais nous ne sommes pas si loin de ça dans la réalité. »

Répondre à des besoins de SST

« L’un des principaux besoins en matière de SST est surtout lié à la question du confort des équipements de protection actuels. Autrement dit, ce n’est pas tant que ces équipements ne remplissent pas leur rôle, c’est plutôt qu’ils sont peu portés ou mal portés, parce qu’ils ne sont pas assez confortables », souligne Justine Decaens.

« Avec les textiles intelligents, l’idée serait d’aller chercher la même protection, mais avec plus de confort, notamment en termes de thermorégulation. On a noté, lors de notre étude, que les équipements de protection sont souvent trop chauds et encombrants. La solution serait d’avoir un vêtement refroidissant et confortable. Il n’existe pas beaucoup de produits en ce sens », constate la chef de groupe.

En effet, plusieurs textiles régulent la température du corps de façon passive, par exemple pour gérer l’humidité. « On pense que c’est refroidissant, mais ça va simplement absorber plus vite l’humidité. Donc, il ne s’agit pas, dans ce cas, d’un textile intelligent. Quand on parle d’un textile intelligent, on parle d’un textile qui est activement refroidissant », explique la chercheuse.

Quelques bémols

Les textiles intelligents semblent prometteurs pour des applications liées à la santé et la sécurité des travailleurs. Mais s’ils répondent à une problématique actuelle, il est impossible de savoir si ces produits, en soi, ne pourraient pas causer justement des problèmes de SST à la personne qui les porte.

« Il faudra vérifier les contreparties de ces produits. Certains viennent souvent avec des batteries portées près du corps. Quelles sont les conséquences à long terme ? On ne sait pas encore, car ça n’a pas été étudié », lance Justine Decaens.

Un autre bémol a été identifié : la protection des données. « Comment seront-elles utilisées ? Qui y aura accès ? Le travailleur ? Ses supérieurs ? Ces réflexions doivent être menées lors de processus et de protocoles de mises en application. Car l’innovation, ce n’est pas seulement au chapitre du produit, c’est aussi au chapitre de la mentalité des gens qui vont les utiliser », conclut Justine Decaens.

Pour en savoir plus

DOLEZ, Patricia, Justine DECAENS, Thibaut BUNS, Dominic LACHAPELLE, Olivier VERMEERSCHH, Jacek MLYAREK. Analyse du potentiel d’application des textiles intelligents en santé et sécurité au travail, R-1029, 116 pages.

Conférence de Justine Decaens sur le sujet.

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Cet article a été initialement publié dans le magazine Prévention au Travail, un magazine s'adressant à tous ceux et celles qui ont un rôle à jouer dans le domaine de la santé et de la sécurité du travail.

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