IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Fiches de l’IRSST concernant la COVID-19

Note : Les avis sont présentement en cours de révision.

La situation et les connaissances en lien avec la COVID-19 évoluent rapidement, nos recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques.
Consultez également les sites : CNESST, INSPQ et MSSS.

Recommandations pour la protection des chauffeurs d’autobus (urbain, interurbain, scolaire)

  • Version du : 01 septembre, 2020, 11:50

Recommandations pour la protection des chauffeurs d’autobus (urbain, interurbain, scolaire)

Cette fiche est destinée aux entreprises de transport en autobus urbain, interurbain et scolaire, ainsi qu’aux fabricants ou fournisseurs d’accessoires pour autobus.

Mise en contexte

  • En matière de transmission du virus SRAS-COV-2, l'INSPQ indique que « Le contact avec des gouttelettes de sécrétion respiratoire d’un cas symptomatique de personne à personne est le mode de transmission prédominant. La transmission par voie aérienne opportuniste par de fines gouttelettes de sécrétions respiratoires aérosolisées est aussi possible. La transmission à partir de cas asymptomatiques ou présymptomatiques est clairement établie».[1]
  • La consigne de distanciation physique imposée par les autorités de santé publique depuis le début de la pandémie sera maintenue pour encore plusieurs mois.
  • Les chauffeurs d’autobus sont plus à risque d’être exposés au coronavirus responsable de la COVID-19 que la population générale compte tenu de la nature de leur travail. Un nombre important de passagers véhiculés durant un quart de travail augmente la probabilité de croiser un ou plusieurs porteurs du virus asymptomatiques ou dont les symptômes de COVID-19 ne sont pas très intenses.
  • Les moyens de protection collective (ou d’ingénierie) doivent être privilégiés aux équipements de protection individuelle (EPI) lorsque possible. Les scénarios présentés ci-dessous ont été élaborés en lien avec une hiérarchie de réduction du risque (substitution, moyens d’ingénierie, équipements de protection).
  • Cette fiche vise essentiellement à guider les sociétés ou entreprises de transport en autobus en fournissant une liste d’éléments de conception à considérer pour le développement de moyens de protection collective pour leurs chauffeurs.
  • Cette fiche est complémentaire à l’avis Conseils de sécurité quant à l’installation de cloisons de protection afin de contrer la propagation de la COVID-19 pour les véhicules de promenade, camions et autobus produit par la SAAQ.

Mise en garde

Dans la suite du document, le mot « protecteur » désigne une barrière anticontact et antiprojection de gouttelettes entre le chauffeur et les passagers. Cet élément de protection collective ne se substitue pas aux autres mesures de prévention comme le fait de demander aux passagers de ne pas rester dans la zone du chauffeur, de respecter la distanciation physique au mieux dans le bus, de se laver les mains avant de monter dans l’autobus, de porter un masque barrière, etc. Par ailleurs, l’exploitant doit nettoyer et désinfecter régulièrement l’autobus. Le taux d’occupation maximal des bus devra être ajusté en fonction des recommandations de la santé publique.

Pour le chauffeur : suivre les recommandations du guide des normes sanitaires en milieu de travail de la CNESST.

Pour la clientèle : suivre les directives gouvernementales lors de tout déplacement en transport collectif.

Portée et limites

Cette fiche n’a pas de valeur légale ni réglementaire. Elle vise uniquement à soutenir les milieux de travail dans la mise en place de moyens de prévention qui permettront de maintenir ou de reprendre de manière sécuritaire leurs activités dans le contexte de la pandémie actuelle. Certaines des recommandations présentées pourraient s’avérer inapplicables ou encore, nécessiter une adaptation selon le contexte particulier du milieu de travail. Dans tous les cas, le jugement professionnel devra être utilisé afin de définir et d'implanter les mesures les plus appropriées.

Les recommandations formulées ci-dessous s’appuient sur la littérature scientifique et technique la plus à jour. Puisque la situation et les connaissances sur le virus SARS-CoV-2 (COVID-19) évoluent rapidement, ces recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques.

Structure de la fiche

La présente fiche aborde les éléments suivants :

Scénarios considérés pour la protection du chauffeur

Différents scénarios sont possibles afin d’offrir une protection au chauffeur de bus, ils sont présentés dans le tableau ci-dessous. Les scénarios 1A et 1B sont les scénarios préférentiels pour les autobus urbains et interurbains respectivement. Ils sont à privilégier car ils offrent une protection accrue pour le chauffeur et sont relativement aisés à mettre en œuvre (outre le déplacement de la borne de validation des titres de transport pour le scénario 1A). Si ces scénarios ne sont pas envisagés, le scénario 2 devrait être privilégié. Le scénario 3 doit être considéré en dernier recours lorsque les autres scénarios ne sont pas applicables. Les éléments de conception pour le protecteur sont présentés à la section suivante.

Scénario Avantages Contraintes/Inconvénients

Scénario 1A (Substitution)
Zone du chauffeur isolée (autobus urbains) :

  • Porte avant fermée.
  • Embarquement et débarquement des passagers par la porte arrière.
  • Accès à la zone du chauffeur par l’intérieur bloqué par l’ajout d’une barrière au niveau de l’essieu avant.
  • Méthode la plus efficace pour protéger le chauffeur contre le risque de contamination au SRAS-COV-2.
  • Cohérent avec les mesures prises depuis le début de la crise.
  • Solution durable puisqu’une fois mise en place, il y aura peu de travail d’entretien spécifique. Adaptée si la crise dure plusieurs mois.
  • Ne nécessite pas de modifications dans la zone de conduite du chauffeur.
  • Ne nuit pas à la conduite du chauffeur (ex. : vision) ou à sa sécurité en cas d’accident.
  • Ces modifications ne nécessitent pas d’être validées par la SAAQ.
  • Protège le chauffeur lors d’une discussion avec un client.
  • Pourrait jouer un rôle de protection contre certains types d’agressions.
  • Réduit le stress au travail de manière générale.
  • Solution réalisable uniquement pour les bus qui disposent d’une porte arrière. Cela exclut donc la plupart des autobus scolaires et interurbains.
  • Nécessite de revoir la méthode de perception si celle-ci est faite uniquement par l’avant (ex. : déplacer la borne de perception vers la porte arrière).
  • Ajout d’une barrière efficace (ex. : chaîne qui barre l’accès ou protecteur en polycarbonate) au niveau de l’essieu pour empêcher l’accès à la zone avant du bus par l’intérieur.
  • Peut nécessiter de fermer l’espace dans le dos du chauffeur si ce n’est pas déjà fait.
  • Ne couvre pas le cas des personnes à mobilité réduite.

Scénario 1B (Substitution)
Zone du chauffeur isolée (autobus interurbain) :

  • Embarquement et débarquement des passagers lorsque le chauffeur n’est pas à son poste de conduite.
  • Éventuellement, ajout d’une barrière amovible au niveau des premiers bancs, qui peuvent être condamnés.
  • Méthode la plus efficace pour protéger le chauffeur contre le risque de contamination au SRAS-COV-2.
  • Ne nécessite pas de modifications dans la zone de conduite du chauffeur.
  • Ne nuit pas à la conduite du chauffeur (ex. : vision) ou à sa sécurité en cas d’accident.
  • Ces modifications ne nécessitent pas d’être validées par la SAAQ.
  • Solution simple et peu onéreuse.
  • Nécessité de mesures administratives en supplément (procédures d’embarquement et de débarquement, contrôle des titres de transport, mise des bagages en soute).
  • Contamination possible du poste de conduite lors de l’embarquement et du débarquement des passagers, donc des nettoyages fréquents sont à envisager.

Scénario 2 (Moyens d’ingénierie)
Mise en place d’un protecteur à la droite du chauffeur, embarquement des passagers par l’avant.

  • Permet de ne pas avoir à déplacer la borne de perception (autobus urbains).
  • Recommandations générales valables pour à peu près tous les modèles de bus (urbain, scolaire, interurbain).
  • Solution relativement peu onéreuse (matériaux courants, durée de mise en œuvre limitée).
  • Possibilité d’enlever les protecteurs lorsque la situation reviendra à la normale.
  • Protecteur plus agréable que le port d’un masque pour le chauffeur et pas de risque de mauvaise utilisation.
  • Pourrait jouer un rôle de protection contre certains types d’agressions (ex. : crachats).
  • Réduit le stress au travail de manière générale.
  • Difficulté à intégrer le protecteur en considérant TOUS les paramètres de conception (voir tableau suivant) :
    • Délimitation de la zone à protéger.
    • Caractéristiques techniques du protecteur.
    • Ergonomie.
    • Ventilation.
    • Entretien.
    • Etc.
  • Nombreux cas particuliers liés aux modèles spécifiques de bus.
  • Opérations supplémentaires pour le chauffeur si un système qui s’ouvre (ou télescopique) est la seule solution viable.
  • Opérations d’entretien à prévoir suite à un bris ou une insatisfaction du chauffeur pour sa conduite.
  • Interférence possible avec la ventilation du pare-brise.
  • Interférence possible avec la vision du chauffeur en cas de reflets.

Scénario 3 (Équipements de protection)
Ce scénario devrait être considéré en dernier recours.
Masque de procédure et protection oculaire pour le chauffeur, embarquement des passagers par l’avant.

  • Port des équipements de protection adaptés pendant toute la durée du quart de travail.
  • Aucune modification de l’autobus ou du mode de perception et de contrôle des titres de transport.
  • Communication plus difficile avec les passagers en raison du port des équipements de protection.
  • Coût mensuel élevé d’achat et de distribution des équipements de protection.
  • Logistique de distribution des  équipements de protection (disponibilité en nombre suffisant).
  • Inconfort pour les chauffeurs (port des équipements de protection pendant toute la durée du quart de travail).
  • Contamination possible du poste de conduite lors de l’embarquement et du débarquement des passagers, donc des nettoyages fréquents sont à envisager.

Éléments de conception pour le protecteur entre le chauffeur et les passagers (scénario 2)

La sélection des matériaux pour la mise en place d’un protecteur entre le chauffeur et les passagers doit se faire en respectant les conseils de la SAAQ ou de tout autre organisme pertinent, les recommandations de la santé publique et les contraintes ergonomiques pour la conduite du véhicule. De manière générale, le protecteur ne doit pas générer de risque supplémentaire pour le chauffeur et les passagers en conduite régulière ou en cas d’accident. Ces éléments de conception ont été rédigés en tenant compte des conseils de sécurité de la SAAQ2.

Attention aux reflets !

Bien que la conception du protecteur entre le chauffeur et les passagers proposée dans cette fiche intègre les conseils de sécurité de la SAAQ, il se peut qu’un tel protecteur crée des reflets pouvant gêner la vision du conducteur, notamment, sur la droite du véhicule. Si une telle situation se produit, elle pourrait engendrer des risques importants pour les piétons et les automobilistes situés à proximité de l’autobus. Il s’ensuit que l’exploitant devrait soutenir le conducteur afin de trouver une solution permettant de réduire au minimum les effets néfastes de ces reflets. 

cabine d'autobus

Exemple d’un poste de conduite d’un autobus conçu pour le transport urbain.

Nature des éléments Éléments de conception
Zone à protéger

Définition de la zone à protéger contre un contact direct ou la projection de gouttelettes potentiellement contaminées

  • Protéger la zone de travail du chauffeur, incluant toutes les surfaces qu’il devra manipuler normalement lors de son quart de travail (volant, manettes, boutons, réglages, moyens de communication, pupitre, etc.).
  • Protéger le point d’attache de la ceinture ainsi que les commandes de réglages du siège. Il n’est pas nécessaire de faire descendre le protecteur jusqu’au plancher.
Technique

Taille du protecteur

  • Couvrir le plus de surface possible, en évitant toute obstruction du pare-brise (voir la section Vision du chauffeur). Compte tenu de l’état actuel des connaissances, une hauteur d'environ 2m* par rapport au plancher des passagers est recommandée.
    Les données scientifiques dont nous disposons actuellement ne permettent pas d'évaluer avec certitude l’efficacité de tous les moyens susceptible de prévenir la transmission du coronavirus SRAS-CoV-2 (responsable de la COVID-19). Des questions restent pour l’instant sans réponse définitive, notamment celles relatives à la transmission du virus SRAS-CoV-2 par les aérosols. Dans ce contexte, l’installation d’un protecteur à la droite du chauffeur (scénario 2) suppose que la transmission du virus se fait essentiellement par la projection de gouttelettes et non par les aérosols. En raison de cette présupposition et dans l’espoir d’atteindre un résultat satisfaisant, un protecteur d’une hauteur approximative de deux mètres est suggéré. Cette approximation est établie en considérant la projection de gouttelettes et les données anthropométriques de la population nord-américaine.

Matériau

  • Respecter les matériaux recommandés par la SAAQ : par exemple le polycarbonate (connu notamment sous la marque Lexan), préférablement certifié selon la norme ANSI-Z26.1.
  • Être transparent et ne pas générer trop de reflets pour la vision du chauffeur.
  • Résister aux produits de nettoyage (ex. : jaunissement, blanchiment, rayures).

Résistance, rigidité

  • Résister dans le temps, ne pas hésiter à surdimensionner (ex. : mode de fixation) puisque cette mesure devrait rester en place sur une longue période.

Moyen de fixation

  • Être mobile pour donner un accès au chauffeur. Cela peut être réalisé avec des pentures (charnières), un système coulissant ou tout autre moyen.
  • Ne pas fixer la paroi sur les ancrages de sièges ou de ceintures.
  • Ne doit pas bouger lors de la conduite. Privilégier un état de repos en position fermée (ex. : ressort de rappel ou ferme-porte à tige + aimants ou clenche).

Forme, poids, divers

  • Ne pas avoir de forme coupante, blessante, pointue (éléments protubérants).
  • Ne pas créer un risque de coincement dû au poids ou à la force de rappel.
Ergonomie, conduite

Accès à la cabine

  • Être suffisamment mobile de façon à gêner le moins possible l’accès au poste de conduite.
  • Ne pas constituer un obstacle en cas d’évacuation d’urgence du chauffeur. Dans le cas contraire, un mécanisme d’ouverture en situation d’urgence doit être prévu.

Vision du chauffeur

  • Gêner le moins possible la vision du chauffeur vers le pare-brise, les rétroviseurs, ainsi qu’à travers la porte avant (ex. : ne pas mettre le protecteur perpendiculaire au pare-brise).
  • Générer le moins de reflets possible, notamment en conduite nocturne.
  • Permettre de surveiller le comportement des écoliers dans le cas d’un transport scolaire.
  • Si une paroi souple devait être utilisée, l’installer de façon que le chauffeur puisse la déployer lors d’un arrêt. Les reflets importants associés aux matériaux souples nuisent à la vision du chauffeur, c’est pourquoi il n’est pas recommandé d’utiliser ce genre de protecteur lorsque le véhicule est en mouvement.

Interférences

  • Prendre en compte les interférences avec :
    • la borne de paiement,
    • les barres de maintien des passagers,
    • le poste de conduite et les mouvements de bras pour la conduite du bus,
    • les dispositifs de sécurité (ex. : coussin gonflable, ceinture),
    • les pare-soleil,
    • la porte de l’autobus et l’escalier d’accès.

Manipulation

  • Privilégier le positionnement des éléments du protecteur à manipuler (ex. : poignée, clenche) du côté qui n’est pas exposé aux passagers.
  • Limiter l’ouverture facile du protecteur par un passager.
Ventilation

Ventilation de la cabine du chauffeur

  • Limiter les interférences sur la ventilation du chauffeur.
  • Ne pas favoriser la recirculation d’éventuelles projections issues des passagers vers le visage du chauffeur (ex. : tenir compte des ventilateurs posés sur le tableau de bord pour limiter la buée).
  • Lorsque possible, ouvrir la fenêtre pour améliorer la ventilation naturelle.
Maintenabilité, entretien

Nettoyage

  • Faciliter le nettoyage périodique (ex. : privilégier une surface totalement plane du côté passager, car c’est cette surface qui doit être nettoyée le plus fréquemment).

Durabilité Réparation

  • Anticiper les réparations dès la conception (ex. : faciliter le changement éventuel du protecteur ou d’autres parties).

Compléments d’information

Références

[1] Pardoe, W., Afeich, N., Jivraj, N. Ali, R., Farah, E., Déry, V. et Paradis, J. (2020). COVID-19 : caractéristiques épidémiologiques et cliniques. Tiré de https://www.inspq.qc.ca/publications/2901-caracteristiques-epidemiologiques-cliniques-covid19

[2] Société de l’assurance automobile du Québec. (2020). Conseils de sécurité quant à l’installation de cloisons de protection afin de contrer la propagation de la COVID-19 pour les véhicules de promenade, camions et autobus. Tiré de https://saaq.gouv.qc.ca/fileadmin/documents/publications/installation-cloisons-protection-covid-19.pdf

Une production de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

  • Laurent Giraud, ing., chercheur, IRSST
  • Damien Burlet-Vienney, ing., chercheur, IRSST
  • Bertrand Galy, ing., chercheur, IRSST
  • René Dufresne, professionnel scientifique, IRSST

Remerciements

  • Benjamin Reid-Soucy, conseiller en prévention, APSAM
Cette fiche a été préparée par l’IRSST, en collaboration avec ses partenaires sociaux, représentants des employeurs et des travailleurs, et membres de son conseil scientifique.
IRSST
CPQ CSN FTQ

Nous tenons à remercier l’INSPQ et la CNESST pour leurs commentaires durant le processus de révision de cette fiche.