IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Fiches de l’IRSST concernant la COVID-19

Note : Les avis sont présentement en cours de révision.

La situation et les connaissances en lien avec la COVID-19 évoluent rapidement, nos recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques.
Consultez également les sites : CNESST, INSPQ et MSSS.

Recommandations à l'intention des thanatopracteurs

  • Version du : 31 août, 2020, 11:50

Recommandations à l'intention des thanatopracteurs

Cette fiche est destinée aux travailleurs qui réalisent des activités de thanatopraxie.

Mise en contexte
Plusieurs manipulations réalisées sur les corps des défunts par les thanatopracteurs produisent des bioaérosols porteurs de microorganismes potentiellement pathogènes. Lors d’une étude récente, des souches de Streptococcus pneumoniae ont été cultivées dans des échantillons récupérés dans des laboratoires de thanatopraxie, démontrant que des bactéries provenant des voies respiratoires humaines se retrouvent en état cultivable dans l'air de ces laboratoires. Une recherche de virus n’a pas été faite.

 

Portée et limites

Cette fiche n’a pas de valeur légale ni réglementaire. Elle vise uniquement à soutenir les milieux de travail dans la mise en place de moyens de prévention qui permettront de maintenir ou de reprendre de manière sécuritaire leurs activités dans le contexte de la pandémie actuelle. Certaines des recommandations présentées pourraient s’avérer inapplicables ou encore, nécessiter une adaptation selon le contexte particulier du milieu de travail. Dans tous les cas, le jugement professionnel devra être utilisé afin de définir et d'implanter les mesures les plus appropriées.

Les recommandations formulées ci-dessous s’appuient sur la littérature scientifique et technique la plus à jour. Puisque la situation et les connaissances sur le virus SARS-CoV-2 (COVID-19) évoluent rapidement, ces recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques.

Cette étude, réalisée dans trois laboratoires de thanatopraxie, a établi que les travailleurs réalisant une activité de thanatopraxie sont en moyenne faiblement exposés aux bioaérosols; cependant, plusieurs tâches réalisées par le thanatopracteur sont susceptibles de provoquer des pics d’émissions d’aérosols pouvant atteindre jusqu’à 45 fois le niveau de base. Les actions pouvant émettre les plus importantes augmentations de concentration sont :

  • suture des incisions
  • occlusion des orifices
  • ensachage
  • lavage et essuyage du corps
  • préparation et nettoyage du matériel
  • utilisation du trocart (une tâche très déterminante dans l’exposition des thanatopracteurs aux bioaérosols)

Par ailleurs, bien que cette étude n’ait porté que sur les activités de thanatopraxie, il est possible que d’autres soins funéraires nécessitant la manipulation de cadavres soient également générateurs de bioaérosols.

Le calibre aérodynamique (grosseur) des particules mesurées indique que les bioaérosols émis lors des activités de thanatopraxie appartiennent le plus souvent à la fraction respirable (< 4 µm, émission mesurée lors de l’utilisation du trocart). Ces particules peuvent pénétrer profondément dans les voies respiratoires et s’y déposer. De plus, puisque les particules de petite taille demeurent aéroportées sur de longues distances et pour de longues périodes, le thanatopracteur peut être exposé aux bioaérosols produits par les autres travailleurs (à moins de travailler seul dans le laboratoire), ou encore être exposé même après une longue période post-thanatopraxie.

De même, un examen des stratégies de ventilation par modélisation a montré que la déposition des particules est un mécanisme d’élimination de moindre importance comparativement à la ventilation, avec des fractions maximales de particules déposées inférieures à 3 %. Les simulations numériques ont mis en évidence l’importance de la ventilation générale comme moyen de maîtrise des bioaérosols dans les laboratoires de thanatopraxie. Cependant, les systèmes de ventilation installés dans ces laboratoires peuvent présenter une efficacité variable, entraînant une incertitude quant à la réduction réelle de la concentration des bioaérosols.

Différents auteurs ont documenté que de nombreux agents pathogènes ont été identifiés dans les liquides organiques provenant de cadavres pour lesquels la cause de la mort était pourtant certifiée ne pas être une maladie infectieuse[1]. D’autres études rappellent qu'un pourcentage important de dépouilles sont identifiées infectieuses uniquement pendant l'autopsie ou la thanatopraxie[2]. Enfin, puisqu’il est impossible de garantir l'absence de contaminants infectieux sur et dans une dépouille[3], l'exposition des thanatopracteurs à de tels agents appartenant au groupe de risque 2 ou 3, par inhalation, ne peut être ignorée.

Par conséquent :

  • La décision de devoir porter un appareil de protection respiratoire pendant une activité de thanatopraxie, ne doit pas être basée sur l'identification d'un risque infectieux à partir du formulaire de décès, d'autant que ce formulaire n'a aucunement comme objectif de protéger la santé et la sécurité du travailleur.
  • Pour tous travaux en post mortem et dans une approche de gestion des risques, tout liquide et tissu corporel ou aérosols qui en proviennent doivent être considérés comme potentiellement infectieux. Des pratiques préventives d'exposition aux agents infectieux et chimiques doivent s’appliquer en tout temps, pour toutes les dépouilles, sans égard à la cause du décès établie ou présumée, au temps écoulé depuis le décès ou à toute autre information contenue au certificat de décès.
  • Les thanatopracteurs doivent être conscients de la présence d'aérosols infectieux, de leur source et de leur dispersion; leur méthode de travail doit donc être adaptée de façon à réduire l'exposition en tout temps.
  • Bien qu'actuellement, aucun niveau d'exposition réglementé aux microorganismes ne soit établi, il est possible d’utiliser l’outil développé conjointement par des chercheurs de l’IRSST et de l’Université de Montréal, intitulé Choix d’un appareil de protection respiratoire contre les bioaérosols afin de déterminer quel appareil de protection respiratoire est adéquat lors des soins funéraires.

Recommandation

En considérant la difficulté à identifier la présence d’agents pathogènes dans le corps des défunts, la proximité du thanatopracteur, la grande diversité des tâches de travail et l’incertitude associée à la dilution des contaminants par ventilation générale, les auteurs de l'étude recommandent d'obstruer les voies respiratoires du défunt lors de toutes manipulations du corps ou de considérer minimalement le port d’un appareil de protection respiratoire à épuration d’air avec demi-masque (N/R/P-95/99/100). Les thanatopraxies ne sont pas permises dans le cas des personnes décédées de certaines maladies infectieuses, dont la COVID-19.

Références


 [1] Cattaneo, C., Nuttall, P. A., Molendini, L. O., Pellegrinelli, M., Grandi, M. et Sokol, R. J. (1999). Prevalence of HIV and hepatitis C markers among a cadaver population in Milan. Journal of Clinical Pathology, 52(4), 267‑270. doi: 10.1136/jcp.52.4.267
Creely, K. S. (2004). Infection risks and embalming (Rapport n°TM/04/01). Édimbourg, Écosse: Institute of Occupational Medicine. Tiré de http://www.ifsa.us/images/Article.IOM.InfectionRisksAndEmbalming.pdf

 [2] Burton, J. L. (2003). Health and safety at necropsy. Journal of Clinical Pathology, 56(4), 254‑260. doi: 10.1136/jcp.56.4.254
Stephenson, L. et Byard, R.W. (2019). Issues in the handling of cases of tuberculosis in the mortuary. Journal of Forensic and Legal Medicine, 64, 42‑44. doi: 10.1016/j.jflm.2019.04.002

 [3] Keane, E., Dee, A., Crotty, T., Cunney, R., Daly, E., Griffin, S., . . . MacKenzie, K. (2013). Guidelines for the management of deceased individuals harbouring infectious disease. Dublin, Irlande: Scientific Advisory Committee of the Health Protection Surveillance Centre. Tiré de https://www.hpsc.ie/a-z/lifestages/modi/File,14302,en.pdf

Une production de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

  • Geneviève Marchand, chercheuse, IRSST
  • Loïc Wingert, professionnel scientifique, IRSST
  • Stephane Hallé, professeur, ÉTS
  • Maximilien Debia, professeur, Université de Montréal
Cette fiche a été préparée par l’IRSST, en collaboration avec ses partenaires sociaux, représentants des employeurs et des travailleurs, et membres de son conseil scientifique.
IRSST
CPQ CSN FTQ