IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Fiches de l’IRSST concernant la COVID-19

Portée et limites

Le contenu présent n’a pas de valeur légale ni réglementaire. Certaines des recommandations présentées pourraient s’avérer inapplicables ou encore, nécessiter une adaptation selon le contexte particulier du milieu de travail. Dans tous les cas, le jugement professionnel devra être utilisé afin de définir et d'implanter les mesures les plus appropriées.

Les recommandations formulées s’appuient sur la littérature scientifique et technique disponible au moment de leur rédaction. Puisque la situation et les connaissances sur le virus SARS-CoV-2 (COVID-19) évoluent rapidement, ces recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques, pouvant entraîner le retrait de certaines fiches.

Pour plus d'information sur la COVID-19 et mesure sanitaires en vigueur, consultez la Trousse – COVID-19 : Guide et outils produite par la CNESST. Vous pouvez consulter également les sites de l'INSPQ et du MSSS.

Les masques jetables gris contenant des nanoparticules de graphène sont-ils dangereux pour la santé?

  • Version du : 03 août, 2021, 11:05

Les masques jetables gris contenant des nanoparticules de graphène sont-ils dangereux pour la santé?

Mise à jour le 3 août 2021

Mise au point en réponse à la mise à jour de l’avis de Santé Canada sur les masques contenant du graphène

À la suite de la publication de son avis initial le 2 avril 2021, Santé Canada a publié une mise à jour le 13 juillet 2021. Santé Canada y conclut notamment que les modèles de masque visés ne dégagent pas de quantités de particules de biomasse de graphène susceptibles d’entraîner des effets pulmonaires néfastes. Par conséquent, Santé Canada permet la reprise des ventes des modèles de masque touchés par l’avis du 2 avril 2021.

L’IRSST reconnait le rôle de Santé Canada quant au respect de la réglementation liée aux instruments médicaux. Toutefois, en raison de son rôle d’aviseur en prévention de la santé et de la sécurité du travail, l’IRSST juge que l’analyse de la situation actuelle ne justifie pas l’utilisation de masques avec graphène. Cette position, publiée initialement le 26 mai dernier et présentée plus bas, s’appuie sur les éléments suivants :

  • La revue de la littérature scientifique effectuée par l’IRSST sur les effets des particules de graphène a révélé beaucoup d’incertitude. Il n’existe aucune étude humaine et très peu d’études animales. Un risque faible a été observé pour une exposition durant quelques jours à un mois, mais il n’y a aucune étude sur les effets d’une exposition de plus longue durée;
  • Les essais en laboratoire effectués de façon indépendante à l’IRSST, bien qu’ayant démontré que le potentiel d’exposition est très faible, ont mis en évidence la présence de particules de graphène susceptibles d’être inhalées dans les masques analysés;
  • Au moment de l’avis initial de Santé Canada datant du 2 avril 2021, la situation québécoise d’approvisionnement en masques faciaux sans graphène et répondant aux normes de filtration n’était aucunement problématique pour la population de travailleurs ou celle en générale. Des alternatives aux masques avec graphène étaient disponibles à grande échelle et le sont encore aujourd’hui. De plus, l’allégation d’effet virucide du graphène requiert des vérifications et ne saurait être un critère en faveur de l’utilisation de ces masques.
  • En date du 3 août 2021, la situation décrite au point précédent prévaut toujours.

 

Fiche initiale publiée le 26 mai 2021

Contexte

Le 2 avril 2021, Santé Canada a émis un avis de risque potentiel pour la santé lié au port de masques contenant du graphène. Santé Canada n’a pas reçu de preuves démontrant que ces masques étaient sécuritaires et efficaces contre le virus de la COVID-19, et considère qu’ils présentent un danger d’émission de particules de graphène qui pourraient être inhalées (respirées). Il a été recommandé d’en cesser l’utilisation. L’IRSST a donc évalué le risque potentiel pour la santé des travailleurs qui ont porté ces masques avant le rappel de Santé Canada. Cette évaluation a mis l’accent sur l’émission potentielle de particules de graphène.

Notions de base

Un risque pour la santé résulte de la combinaison entre un danger et une exposition, soit :

Risque = danger x exposition,
où le danger correspond à la toxicité de la substance, ici les particules de graphène.

Dans le cas des masques contenant du graphène, le risque par inhalation peut donc être évalué en :

  • Documentant la toxicité (dangerosité) du graphène, de préférence dans un contexte d’exposition qui rappelle le port d’un masque; et en
  • Évaluant l’exposition au graphène. En d’autres mots, lors du port du masque, est-ce que des particules de graphène peuvent se détacher du masque (relargage) et être respirées?

Retenons que si l’un ou l’autre des termes de l’équation du risque, soit la dangerosité ou l’exposition, est inexistant ou nul, le risque l’est également.

Démarche

Le personnel scientifique de l’IRSST a effectué une revue rapide de la littérature toxicologique sur les nanoparticules de graphène en plus de réaliser des essais en laboratoire sur le relargage des particules et l’étude de leurs caractéristiques (par exemple la taille et la composition chimique des particules) par microscopie optique et électronique.

Évaluation de la toxicité du graphène

Il y a très peu d’articles scientifiques sur la toxicité des nanoparticules de graphène selon le contexte d’exposition en question. D’ailleurs, aucune donnée toxicologique ou épidémiologique n’a été retracée chez l’humain. Les quelques études pertinentes chez l’animal indiquent toutefois que l’inhalation de courte durée chez le rat provoquerait de l’inflammation et d’autres effets toxiques dans les poumons. De plus, lorsque les nanoparticules de graphène sont déposées directement dans les voies respiratoires (p. ex. : avec une seringue), l’inflammation et les dommages aux poumons varient selon les formes physicochimiques du graphène. L’absorption et le déplacement des particules vers d’autres organes ont aussi été observés. On ne connaît pas, à ce jour, la dose ou le seuil sous lequel les nanoparticules de graphène ne causent aucun effet sur la santé. Consultez la note technique Évaluation rapide de risque toxicologique pour la santé humaine du port de masques de procédure contenant de la biomasse de graphène.

Les formes physicochimiques réfèrent ici, et sans s’y limiter, à la structure chimique, la morphologie, la taille, la charge, des nanoparticules de graphène.

Évaluation de l’exposition

Afin d’évaluer le potentiel de relargage des particules de graphène lors du port du masque, l’IRSST a procédé à des essais en laboratoire qui consistaient à faire passer un jet d’air à vitesse contrôlée au travers d’un masque et à mesurer la quantité de particules relarguées dans l’air. Ces essais consistaient donc à évaluer le nombre de particules auquel le porteur du masque peut potentiellement être exposé.

Les essais ont permis de constater que le relargage de tous types de particules n’est pas significativement différent entre les masques contenant du graphène (modèle SNN200642) et les masques de procédure/médicaux certifiés conventionnels (qui ne contiennent pas de graphène).  Pour les deux types de masques, le relargage de tous types de particules de diamètre inférieur à 5 µm est d’environ 0,1 particule/cm3 d’air.

Les particules de 5 µm et moins sont dites « respirables ». Leur taille est suffisamment petite pour atteindre les poumons une fois inhalées.

De plus, même après une usure mécanique sévère ou l’application de débits (vitesses de l’air) élevés, c’est-à-dire des vitesses de 2 à 4 fois plus grandes que celles employées dans certains tests normés de couvre-visages ou de masque de procédure, il n’y avait pas de différences significatives de relargage (tous types de particules) par les masques contenant du graphène comparativement aux masques de procédure/médicaux certifiés conventionnels.

Il est important de noter que l’instrumentation utilisée pour la mesure de relargage des particules décrites plus haut ne permet pas d’identifier (chimiquement ou morphologiquement) les particules relarguées. L’IRSST a donc procédé au recueillement des particules dans les masques SNN200642 en utilisant trois méthodes : 1) à l’aide d’un ruban adhésif, 2) par brossage et 3) par ultrason. Seule la technique avec le ruban adhésif a permis de recueillir un nombre suffisant de particules.

L’analyse des particules recueillies a été effectuée par microscopie optique et électronique (à balayage et en transmission). Celle-ci a démontré la présence de particules de graphène dans le masque de taille de près de 5 µm. Les particules composées de graphène observées (incluant celles de graphite) représentent environ 30 % des particules recueillies. Consultez le résumé méthodologique Évaluation des risques pour la santé, liés au port de masques contenant du graphène nanoformé ou graphène de biomasse.

Évaluation du risque pour les travailleurs

La toxicité des nanoparticules de graphène est rapportée chez l’animal, mais n’a pas été étudiée chez l’humain. Le terme « danger (ou toxicité) » de l’équation du risque n’est donc pas nul et comporte beaucoup d’incertitude quant à son niveau réel chez l’humain.

Les tests effectués par l’IRSST ont montré que les masques contiennent des particules de graphène pouvant être inhalées. Les essais de laboratoire ont toutefois montré que le potentiel d’exposition au graphène par inhalation lors du port du masque est très faible.

Ces résultats ne garantissent cependant pas l’absence de relargage de particules de graphène. De plus, les niveaux mesurés dans l’air, bien que très faibles, sont du même ordre de grandeur que certaines valeurs limites d’exposition (VLE) de contaminants très toxiques.

La valeur des deux termes (danger et exposition) de l’équation du risque étant non nuls, cela indique que le risque existe pour le travailleur et pourrait ne pas être négligeable.

Conclusion

Les essais de laboratoire ont montré que le potentiel d’exposition aux particules de graphène par inhalation lors du port d’un masque SNN200642 est très faible. Il est donc peu probable que le relargage de particules de graphène respirables soit à l’origine des désagréments rapportés par des travailleurs. Cependant, l’incertitude quant à la toxicité des nanoparticules de graphène chez l’humain suggère que le risque est bel et bien présent et pourrait ne pas être négligeable. Ainsi, le risque pourrait dépendre de facteurs tels que, et sans s’y limiter, la fréquence et la durée d’utilisation des masques. Il serait également pertinent de s’interroger sur d’autres modes d’exposition pour le porteur du masque comme l’ingestion des particules relarguées ou le contact cutané (sur la peau).

Références

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Pages web consultées

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