IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Fiches de l’IRSST concernant la COVID-19

Note : Les avis sont présentement en cours de révision.

La situation et les connaissances en lien avec la COVID-19 évoluent rapidement, nos recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques.
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Recommandation sur le temps d’aération des appareils de protection respiratoire de type N95 après désinfection à la vapeur de peroxyde d’hydrogène dans un stérilisateur à basse température

  • Version du : 02 septembre, 2020, 09:55

Recommandation sur le temps d’aération des appareils de protection respiratoire de type N95 après désinfection à la vapeur de peroxyde d’hydrogène dans un stérilisateur à basse température

Cette fiche est destinée aux personnes impliquées dans la désinfection par vapeur de peroxyde d’hydrogène (PH) des appareils de protection respiratoire (APR) de type N95 à l’aide de stérilisateurs à basse température et aux personnes réutilisant ces APR.

Mise en contexte
Cette fiche a été produite à la demande du Centre d’expertise en retraitement des dispositifs médicaux (CERDM) de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) concernant l’évaluation de la teneur résiduelle en PH dans les APR de type N95 à usage unique, à la suite de leur désinfection au stérilisateur à basse température.
Dans un contexte de pandémie, des options de désinfection de ce type d’APR ont été étudiées comme stratégie de dernier recours en cas de pénurie dans le but de permettre la réutilisation de ces masques normalement destinés à un usage unique.

Parmi les options identifiées par le CERDM et l’IRSST, la désinfection par vapeur de PH utilisant un stérilisateur à basse température est possible dans les centres hospitaliers en raison de l’accès aisé aux appareils déjà en utilisation dans les unités de retraitement des dispositifs médicaux[1] et de l’autorisation de cette technologie par Santé Canada.

Rappel

En vertu de l’arrêté d’urgence concernant l’importation et la vente d’instruments médicaux destinés à être utilisés à l’égard de la COVID-19, Santé Canada a autorisé la désinfection des masques N95 par différents appareils de désinfection (version 10 mai 2020).

Le CERDM a publié un document sur l’évaluation des options de désinfection des appareils de protection respiratoire N95 dans le contexte de la pandémie (version 2.1 du 21 mai 2020), ainsi que des recommandations intérimaires CERDM – désinfection des appareils respiratoires N95 à usage unique (version 3.0 du 21 mai 2020).

Le CERDM a retenu le terme « désinfection » afin de se conformer à la nomenclature généralement reconnue en retraitement au Canada (CSA Z314.18).

Portée et limites

Cette fiche n’a pas de valeur légale ni réglementaire. Elle vise uniquement à soutenir les milieux de travail dans la mise en place de moyens de prévention qui permettront de maintenir ou de reprendre de manière sécuritaire leurs activités dans le contexte de la pandémie actuelle. Certaines des recommandations présentées pourraient s’avérer inapplicables ou encore, nécessiter une adaptation selon le contexte particulier du milieu de travail. Dans tous les cas, le jugement professionnel devra être utilisé afin de définir et d'implanter les mesures les plus appropriées.

Les recommandations formulées ci-dessous s’appuient sur la littérature scientifique et technique la plus à jour. Puisque la situation et les connaissances sur le virus SARS-CoV-2 (COVID-19) évoluent rapidement, ces recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques.

Peroxyde d’hydrogène en milieu de travail : propriétés toxicologiques et règlementation

Le PH se retrouve habituellement sous forme de solution aqueuse. Il est notamment utilisé, à des concentrations variées, pour la désinfection ou la stérilisation, pour la fabrication de produits chimiques et comme agent de blanchiment. Selon sa concentration en solution, le PH peut présenter un risque pour la peau ou pour les muqueuses, notamment, en provoquant des irritations, des brûlures ou un blanchiment passager de la peau.

L’exposition à des vapeurs de PH peut provoquer l’irritation des muqueuses (nez ou gorge), avec des symptômes de rougeur et de brûlure oculaire, de congestion nasale, de chatouillement et d’assèchement de la gorge, et de symptômes rappelant l’asthme. À forte concentration, de l’inflammation des voies respiratoires allant jusqu’à l’œdème pulmonaire peuvent se produire après un délai allant jusqu’à 48 heures après l’exposition. Le lecteur trouvera plus d’information sur le PH dans les références[2], [3], [4].

Les exigences réglementaires sur la santé et la sécurité du travail doivent être appliquées dans le contexte de la pandémie de la COVID-19.

Au Québec, le Règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST)[5] stipule une valeur d’exposition moyenne pondérée (8h) de 1 ppm (1,4 mg/m3) pour le PH dans l’air. Cette valeur se base sur les effets irritants du PH pour les voies respiratoires, les yeux et la peau. Il est à noter que le RSST stipule également des limites d’excursion de 3 ppm pour des durées plus courtes et des fréquences déterminées, ainsi qu’une limite à ne jamais dépasser de 5 ppm. La consultation de la base de données GESTIS[6] montre que la majorité des législations répertoriées ont la même valeur limite d’exposition et que plusieurs d’entre elles ont également adopté une limite de courte durée (15 à 30 minutes) de 2 ppm.

Stérilisation à basse température

Le procédé de désinfection des APR de type N95 à basse température utilise la vapeur de PH de façon à ce que la totalité des matériaux composant l’APR soit en contact direct avec le PH pour éliminer les agents infectieux potentiellement présents. En plus de se condenser sur les matériaux de l’APR, il est généralement admis que le PH peut être adsorbé sur les matériaux (polymères), voire même migrer, par diffusion, à l’intérieur de ceux-ci[7]. Une fois la désinfection terminée, certains manufacturiers de stérilisateurs recommandent un temps d’aération pour éliminer le PH résiduel qui pourrait être présent dans les APR. Toutefois, la durée d’aération et les conditions ambiantes requises divergent. Il a été porté à notre attention que quelques personnes auraient démontré de l’irritation cutanée au visage au niveau des zones de contact d’un APR récemment désinfecté au PH. Quant au risque par inhalation de PH résiduel à la suite d’une désinfection à basse température d’un APR de type N95, peu de données probantes sont disponibles.

C’est pourquoi nous avons évalué le potentiel d’exposition au PH, par voie cutanée ou par inhalation, d’un travailleur à la suite du port d’un APR de type N95 désinfecté par stérilisation à basse température.

Méthodologie et résultats

Les essais au laboratoire de l’IRSST ont été faits en mai et en juin 2020, exclusivement sur des APR de type N95 de marque 3M, modèle 8210. Avant chaque essai, les APR avaient été portés pendant environ une heure, puis entreposés dans un sac de papier pendant une vingtaine d’heures pour ensuite être désinfectés dans un stérilisateur à basse température Steris V-PRO selon le protocole établi par le manufacturier. Le PH dans l’air a été analysé par un instrument de lecture directe Dräger X-am® 5100 et par la méthode OSHA 1019[8]. Le PH résiduel dans les APR a été analysé par une version adaptée de la méthode OSHA 1019.

Trois essais comportant chacun cinq ou six APR de type N95 ont permis de conclure qu’environ 13 à 20 mg de PH résiduel est retrouvé dans un APR immédiatement après une désinfection au stérilisateur. Les résultats sont présentés selon le risque d’exposition cutanée ou par inhalation.

Exposition cutanée

En émettant l’hypothèse que tout le PH contenu dans les matériaux de l’APR peut être en contact avec la peau, 17 mg de PH résiduel (valeur moyenne) équivaut à une densité de surface de 72 µg/cm² au sortir du stérilisateur. Notons que cette hypothèse est conservatrice dans la mesure où cette quantité de PH est normalement distribuée dans toute l’épaisseur de l’APR de type N95 et ne se retrouve pas seulement sur la surface intérieure du masque. Un rapport sur la toxicité du PH[9] mentionne un seuil de 11 µg/cm² de PH déposé sur la peau à partir duquel un effet irritant est ressenti. Cela confirme la nécessité d’un temps d’aération avant l’utilisation des APR après désinfection. Des essais selon le temps d’aération ont ensuite été réalisés sous divers modes d’entreposage:

  1. À l’extérieur d’une pochette en Tyvek® exposée à la lumière naturelle provenant de l’extérieur (près d’une fenêtre).
  2. À l’intérieur d’une pochette en Tyvek® exposée à une lumière artificielle (tubes fluorescents).
  3. À l’intérieur d’une pochette en Tyvek® conservée dans l’obscurité.

Note :
Une pochette en Tyvek® consiste en une enveloppe faite de polyéthylène haute densité dans laquelle les dispositifs médicaux à désinfecter, dans ce cas-ci un APR de type N95, sont placés avant d’être déposés dans un stérilisateur à basse température.

Lors des essais, tous les APR étaient maintenus à des conditions ambiantes d’environ 21°C et 40 % d’humidité relative. Les modes d’entreposage 2 et 3 ont produit des résultats semblables permettant d’extrapoler que la teneur résiduelle de PH dans les APR s’abaisse sous la valeur de 0,85 mg (limite de quantification) après un temps d’aération d’environ neuf heures, que l’APR soit à l’intérieur ou non de la pochette Tyvek®. Bien que le mode 1 ait montré un abaissement plus rapide de la concentration de PH, peu d’installations en centre hospitalier permettent d’appliquer un mode d’entreposage où les APR sont exposés à la lumière naturelle. Par précaution, un temps d’aération de 24 heures est recommandé après désinfection dans un stérilisateur à basse température.

Exposition par inhalation

Des APR désinfectés au PH ont été soumis à des essais de relargage. Ces essais consistaient à faire passer un débit d’air sous conditions contrôlées au travers du matériau de l’APR et à mesurer la concentration de PH dans l’effluent. Les essais ont révélé que la concentration de PH relarguée était très faible, soit < 0,2 ppm (limite de quantification) alors que la norme québécoise est de 1 ppm. La période où les essais de relargage ont été effectués se situait dans les deux à trois heures après la désinfection, c’est-à-dire au moment où le PH résiduel était d’environ 3 à 6 mg par APR.

Selon ces résultats et les conditions de test décrites plus haut, le risque d’irritation lié à l’inhalation du PH dégagé par des APR désinfectés à basse température semble être négligeable.

Recommandation

Seuls les enjeux liés à l’exposition potentielle au PH ont été considérés dans cette étude, réalisée sur des APR de type N95 de marque 3M modèle 8210 désinfectés dans un stérilisateur à basse température V-PRO de Steris. Les aspects liés à la protection respiratoire, comme notamment l’ajustement adéquat de l’APR au visage de son utilisateur, doivent être pris en considération lors de l’utilisation d’un APR désinfecté. Dans les conditions étudiées, l’exposition par inhalation est négligeable. De plus, les données générées en laboratoire permettent d’anticiper que neuf heures d’aération sont suffisantes pour amener la teneur en PH dans les APR sous le seuil quantifiable, ce qui représente un risque d’irritation cutanée extrêmement faible.

Afin de maintenir à un niveau négligeable l’exposition cutanée ou par inhalation au peroxyde d’hydrogène, l’IRSST recommande que les APR de type N95 désinfectés dans des stérilisateurs à basse température soient aérés au minimum pendant 24 heures, à l’intérieur de la pochette Tyvek® afin d’éviter d’exposer les masques désinfectés aux contaminants extérieurs, avant d’être portés à nouveau par un travailleur.

Références

 [1] Institut national de santé publique. (2020). COVID-19 : évaluation des options de désinfection des appareils de protection respiratoire N95 dans le contexte de la pandémie. Tiré de https://www.inspq.qc.ca/publications/2966-desinfection-protections-respiratoires-n95-covid19
 [2]Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. (2007). Peroxyde d'hydrogène et solutions aqueuses : fiche toxicologique n°123. Tiré de http://www.inrs.fr/publications/bdd/fichetox/fiche.html?refINRS=FICHETOX_123
 [3] Agency for Toxic Substances and Disease Registry et Centers for Disease Control. (2014). Medical management guidelines for hydrogen peroxide. Tiré de https://www.atsdr.cdc.gov/MMG/MMG.asp?id=304&tid=55
 [4] Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail. (2020). Peroxyde d'hydrogène. Tiré de https://www.csst.qc.ca/prevention/reptox/pages/fiche-complete.aspx?no_produit=1974
 [5] Règlement sur la santé et la sécurité du travail, R., C. S-2.1, r. 13.,. (2020). Tiré de http://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/showdoc/cr/S-2.1,%20r.%2013
 [6] Institute for Occupational Safety and Health of the German Social Accident Insurance .). GESTIS database: International limit values for chemical agents (Occupational exposure limits, OELs). Tiré de http://limitvalue.ifa.dguv.de/
 [7] Radl, S., Larisegger, S., Suzzi, D. et Khinast, J. G. (2011). Quantifying absorption effects during hydrogen peroxide decontamination. Journal of Pharmaceutical Innovation, 6(4), 202-216. doi: 10.1007/s12247-011-9114-6. 
 [8] Occupational Safety and Health Administration. (2016). Hydrogen peroxide. Tiré de https://www.osha.gov/dts/sltc/methods/validated/1019/1019.pdf
 [9] European Chemicals Bureau. (2003). Hydrogen peroxide. Tiré de https://echa.europa.eu/documents/10162/a6f76a0e-fe32-4121-9d9d-b06d9d5f6852

Une production de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

  • Simon Aubin, professionnel scientifique, IRSST
  • Sébastien Gagné, professionnel scientifique, IRSST
  • Éric Langlois, technicien de laboratoire, IRSST
  • Brigitte Blanchette, technicienne de laboratoire, IRSST
  • Annie Mathieu, professionnelle scientifique, IRSST

Remerciements

  • Valérie Cortin, conseillère scientifique spécialisée, CERDM/INSPQ
  • Équipe du CERDM
  • Marie-Laure Nécade, infirmière clinicienne-AIC, CHUM
  • Préposés en retraitement des dispositifs médicaux, CHUM
  • Équipe du service de santé et sécurité du travail, CHUM
  • France Labrèche, chercheuse sénior, IRSST
Cette fiche a été préparée par l’IRSST, en collaboration avec ses partenaires sociaux, représentants des employeurs et des travailleurs, et membres de son conseil scientifique.
IRSST
CPQ CSN FTQ

Nous tenons à remercier l’INSPQ et la CNESST pour leurs commentaires durant le processus de révision de cette fiche.