IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Fiches de l’IRSST concernant la COVID-19

Note : Les avis sont présentement en cours de révision.

La situation et les connaissances en lien avec la COVID-19 évoluent rapidement, nos recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques.
Consultez également les sites : CNESST, INSPQ et MSSS.

Que faire en cas de pénurie d’appareils de protection respiratoire de type N95?

  • Version du : 01 septembre, 2020, 10:15

Que faire en cas de pénurie d’appareils de protection respiratoire de type N95?

Cette fiche est destinée aux administrateurs des programmes de protection respiratoire et aux gestionnaires des établissements de santé

Mise en contexte
L’appareil de protection respiratoire (APR) de type N95 est une pièce faciale filtrante jetable avec un facteur de protection caractéristique (FPC) de 10. Il existe plusieurs autres APR qui fournissent une protection équivalente ou supérieure. Selon la CNESST, tous les APR doivent être certifiés par le National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH). De plus, un programme de protection respiratoire doit être élaboré et mis en application pour tous les APR utilisés par un travailleur.

Portée et limites

Cette fiche n’a pas de valeur légale ni réglementaire. Elle vise uniquement à soutenir les milieux de travail dans la mise en place de moyens de prévention qui permettront de maintenir ou de reprendre de manière sécuritaire leurs activités dans le contexte de la pandémie actuelle. Certaines des recommandations présentées pourraient s’avérer inapplicables ou encore, nécessiter une adaptation selon le contexte particulier du milieu de travail. Dans tous les cas, le jugement professionnel devra être utilisé afin de définir et d'implanter les mesures les plus appropriées.

Les recommandations formulées ci-dessous s’appuient sur la littérature scientifique et technique la plus à jour. Puisque la situation et les connaissances sur le virus SARS-CoV-2 (COVID-19) évoluent rapidement, ces recommandations sont sujettes à des mises à jour périodiques.

Alternatives aux appareils de protection respiratoire de type N95

En cas de pénurie d’APR de type N95, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ouvrent la possibilité à l’utilisation d’APR qui sont certifiés par d'autres organisations internationales1. L’employeur doit alors procéder à une vérification auprès du fabricant qui doit confirmer l’équivalence. Si le modèle ou le type d'APR utilisé par un travailleur doit être modifié, il est essentiel que la formation en lien avec le nouvel appareil ainsi que les essais d’ajustement soient effectués selon les exigences de la réglementation. La vérification d'étanchéité à chaque utilisation demeure toujours nécessaire.

Voici une liste des principales catégories d’APR disponibles au Québec :

  • Pièces faciales filtrantes : demi-masques jetables (N, P et R95; N, P et R99; N, P et R100).
  • Demi-masques et masques complets en élastomère ou silicone réutilisables avec filtres à particules (épuration d’air non motorisée).
  • PAPR (Powered Air Purifying Respirators) : Appareil de protection respiratoire motorisé à épuration d’air offrant une pression positive dans la zone respiratoire du travailleur. Ces équipements peuvent être utilisés avec des demi-masques ou masques complets, mais aussi avec des pièces faciales non hermétiques (casque, cagoule ou masque souple/visière-écran). Lorsqu’utilisé adéquatement, ce type d’APR offre un facteur de protection plus élevé que les APR à épuration d’air non motorisés (FPC de 25 en comparaison du FPC de 10 de l'APR de type N95), en plus de ne pas nécessiter la réalisation des essais d'étanchéité et d’ajustement.

Bien que l'APR réutilisable soulève une problématique de nettoyage2, il réduit les problèmes d'approvisionnement puisque, s'il est bien entretenu, il demeure disponible pour le travailleur à long terme. Le milieu de travail et le travailleur qui possède son APR réutilisable doivent être formés pour son entretien, son nettoyage et son entreposage. Les filtres à particules (la plupart du temps des P100) des demi-masques et masques complets réutilisables peuvent être utilisés sur des périodes prolongées réduisant les risques de pénurie. Toutefois les contaminations par contacts doivent être contrôlées par un nettoyage adéquat de leurs surfaces. Dans un contexte de pénurie, les filtres à particules encapsulés dans une coquille rigide pouvant être désinfectée sont à privilégier3. Toutes les classes de filtres à particules pourraient être utilisables avec les APR réutilisables. À noter que les APR ayant des valves d’exhalation ne peuvent être utilisés dans les salles d'opération car l'air exhalé par le porteur n'est pas filtré.

Avis no 1

Dans un contexte de pénurie des APR de type N95 jetables, plusieurs autres APR sont utilisables; des pièces faciales filtrantes jetables (P et R95; N, P et R99; N, P et R100); des demi-masques et masques complets en élastomère réutilisables et des APR motorisés à épuration d’air avec des pièces faciales non hermétiques de type cagoule ou masque souple/visière-écran.

Utilisation prolongée et réutilisation des APR de type N95

Afin de réduire le nombre d'APR de type N95 jetables utilisés et dans un contexte de pénurie, leur utilisation prolongée peut être envisagée. L’utilisation prolongée fait référence à la pratique de porter le même APR pour des rencontres successives avec plusieurs patients, sans retirer l'APR entre les patients. Cette stratégie peut être mise en œuvre lorsque plusieurs patients sont infectés par le même agent pathogène respiratoire et qu’ils sont placés dans des salles adjacentes ou rapprochées. Une utilisation prolongée a été recommandée comme option pour préserver les réserves d'APR lors de précédentes épidémies et pandémies4. L'utilisation d'une visière, en plus de protéger le travailleur de la santé, peut permettre de protéger l’APR des éclaboussures, ce qui facilitera son utilisation prolongée. Cette stratégie a l'avantage de protéger aussi des projections au niveau des yeux. Une considération clé dans le cadre d'une utilisation prolongée sécuritaire est que l'appareil de protection respiratoire doit nécessairement maintenir son étanchéité pour toute la durée du port. Dès qu'un travailleur constate une fuite ou un manque d'étanchéité de son APR, il doit immédiatement s'éloigner de la source de contamination et procéder au retrait afin de changer son APR. Les protocoles pour mettre ou retirer les APR de façon sécuritaire doivent être respectés.

Une utilisation prolongée ne signifie pas une réutilisation qui consiste au retrait, à l’entreposage, puis à la réutilisation de l’appareil de protection respiratoire5. La réutilisation n'est pas recommandée dans le cas des agents infectieux transmissibles par contact. Une réutilisation limitée pourrait être envisagée pour certains travailleurs non directement attitrés au traitement des patients contagieux. Tel qu'il est proposé dans le cas de l'utilisation prolongée, l'emploi d’une visière pourrait limiter la possibilité que l’APR de type N95 soit souillé par des projections, ce qui permettra une réutilisation limitée. Une telle éventualité ne doit laisser place à aucun compromis concernant l’étanchéité de l’APR de type N95 qui doit être maintenue en tout temps. Si la réutilisation est mise en place, il faudra accrocher les APR usagés dans une zone désignée ou les conserver dans un contenant propre et respirant, par exemple un sac en papier, entre les utilisations.

Avis no 2

  • Dans un contexte de pénurie d’APR de type N95, une stratégie d’utilisation prolongée plutôt qu’une stratégie de réutilisation serait à privilégier afin de limiter le risque de contacts répétés avec l’APR et le visage du travailleur.
  • Une utilisation prolongée ou une réutilisation sont à proscrire pour les interventions médicales génératrices d’aérosols (IMGA).
  • Dès qu’un APR de type N95 a été souillé, il doit être jeté.

Utilisation des APR de type N95 périmés

Suite à l'évaluation qu'a faite le NIOSH sur des réserves d'APR de type N95 qui dataient de plus de 5 ans, les résultats ont démontré que 1% de ceux-ci avait échoué aux tests de certification en présentant des niveaux de pénétration de plus de 5% pour les particules les plus pénétrantes (0,3 µm). L'APR de type N95 le moins performant présentait un niveau de pénétration de 10%. Plusieurs des APR qui ont échoué avaient des niveaux de pénétration compris entre 5 et 6%6.

Deux actions doivent être réalisées afin de vérifier l’intégrité d’un APR de type N95 périmé. Une vérification minutieuse de son aspect physique pour identifier une possible dégradation physique qui entraînerait une perte d’étanchéité. Si l'APR ne présente pas de dégradation physique, le travailleur doit absolument réussir la vérification de l'étanchéité. Si le travailleur n'obtient pas l'étanchéité escomptée, l'APR doit être jeté et un nouveau doit être utilisé en réalisant la vérification de l'étanchéité.

Avis no 3

Dans un contexte de pénurie d’APR de type N95, l’utilisation d'un N95 périmé serait préférable à l’utilisation de masques de procédure ou à aucun APR.

Informations additionnelles

Vous pouvez consulter l'outil Web d'aide à la prise de décision conçu par l’IRSST pour guider le choix de la protection respiratoire contre les bioaérosols pour les travailleurs.

En complément, l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS - France) a publié sur l’étanchéité des appareils de protection respiratoire. L’INRS a également produit une fiche de sécurité sur les différences entre les appareils de protection respiratoire et les masques de procédure.

Références


1 [1] Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Strategies for Optimizing the Supply of N95 Respirators: Crisis/Alternate Strategies https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/hcp/respirators-strategy/crisis-alternate-strategies.html (page consultée le 26 mars 2020)

2 [2] L’IRSST a produit une procédure de désinfection des masques en élastomère réutilisables publiée à l’adresse https://www.irsst.qc.ca/covid-19/avis-irsst/id/2632/desinfection-des-appareils-de-protection-respiratoire-apr-en-elastomere-reutilisables

3 [3] La désinfection des filtres à particules encapsulés dans une coquille rigide peut se faire avec des lingettes imbibées comme les lingettes imbibées à l’isopropanol (55%). https://pdihc.com/products/environment-of-care/super-sani-cloth-germicidal-disposable-wipe/

4 [4] Rebmann, T., Alexander, S ., Bartley, J., Cain, T., Citarella, B., Cloughessy, M., . . . Wagner, W. (2009). APIC position paper: Extending the use and/or reusing respiratory protection in healthcare settings during disasters. Tiré de http://www.apic.org/Resource_/TinyMceFileManager/Advocacy-PDFs/APIC_Position_Ext_the_Use_and_or_Reus_Resp_Prot_in_Hlthcare_Settings1209l.pdf

5 [5] Centers for Disease Control and Prevention (CDC). March 27, 2020. Recommended Guidance for Extended Use and Limited Reuse of N95 Filtering Facepiece Respirators in Healthcare Settings: https://www.cdc.gov/niosh/topics/hcwcontrols/recommendedguidanceextuse.html (page consultée le 6 avril 2020).

6 [6] Centers for Disease Control and Prevention (CDC). February 28, 2020. Release of Stockpiled N95 Filtering Facepiece Respirators Beyond the Manufacturer-Designated Shelf Life: Considerations for the COVID-19 Response: https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/release-stockpiled-N95.html (page consultée le 26 mars 2020).

Une production de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

  • Geneviève Marchand, chercheuse, microbiologiste agréée et biochimiste, IRSST
  • Maximilien Debia, chercheur et professeur agrégé au département de santé environnementale et santé au travail de l'école de santé publique de l'Université de Montréal, Centre de recherche en santé publique (CReSP) 
  • Loïc Wingert, professionnel scientifique, IRSST
  • Alberto Morales, professionnel scientifique et hygiéniste du travail certifié (ROH), IRSST
  • Delphine Lanoie, microbiologiste et professionnelle scientifique, IRSST
Cette fiche a été préparée par l’IRSST, en collaboration avec ses partenaires sociaux, représentants des employeurs et des travailleurs, et membres de son conseil scientifique.
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