IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Les lésions professionnelles de la coiffe des rotateurs de l'épaule : optimiser la prise en charge des travailleurs et favoriser le retour au travail

Résumé

Les atteintes musculosquelettiques de l’épaule sont fréquentes chez les travailleurs. En plus d’affecter leur qualité de vie, elles entraînent une augmentation de l’absentéisme et une diminution de la productivité, et peuvent conduire à une retraite anticipée. Pour l’année 2017, la province de Québec a enregistré 2,1 milliards de dollars en prestations en lien avec des lésions professionnelles. Environ 8 % de ces réclamations étaient dues à une lésion touchant l’articulation de l’épaule (CNESST, 2018).

Les lésions de la coiffe des rotateurs (CR) sont les affections les plus rencontrées chez les travailleurs présentant une atteinte à l’épaule. Présentement, les cliniciens ne disposent pas d’une approche standardisée pour l’évaluation et la prise en charge de ces atteintes. Ainsi, plusieurs décisions cliniques sont fondées sur l’intuition et l’expérience, plutôt que sur des données probantes.

Bien qu’il existe des guides de pratique cliniques pour les atteintes à l’épaule, aucun n’a été réalisé dans un contexte canadien ou québécois. L’objectif de ce rapport est de décrire le développement d’un guide de pratique clinique qui présente une synthèse actualisée des données probantes concernant les trois principaux volets touchant les travailleurs souffrant d’une lésion de la CR soit : 1) l’évaluation clinique de l’épaule; 2) les traitements des tendinopathies et des ruptures transfixiantes de la CR et 3) les stratégies favorisant le retour au travail.

C’est à partir des résultats inclus dans un premier rapport scientifique intitulé : L’évaluation clinique, les traitements et le retour en emploi de travailleurs souffrant d’atteintes de la coiffe des rotateurs - Bilan des connaissances (Roy, Desmeules, Frémont, Dionne et MacDermid, 2015) que l’équipe de recherche a appuyé sa démarche. Ainsi, 37 revues systématiques supplémentaires ont été ajoutées à la mise à jour initiale des connaissances sur les lésions de la CR, permettant de composer des recommandations cliniques.

Le présent rapport présente le développement de 73 recommandations et trois algorithmes décisionnels de prise en charge adaptés au contexte québécois et basés sur les meilleures données probantes, ainsi que sur un consensus d’experts, de cliniciens et de différentes parties prenantes (travailleurs, employeurs, gestionnaires et autres intervenants) qui ont été ensuite inclus dans un guide de pratique. Ces dernières ont été révisées par un comité d’experts et validées à travers un processus de consultation Delphi. Le contenu final du guide de pratique a également été examiné par un comité de révision externe composé de divers experts et cliniciens.

Les principales recommandations cliniques stipulent que l’évaluation de l’épaule douloureuse devrait inclure une évaluation subjective et objective permettant d’identifier la présence de drapeau(x) rouge(s) et de drapeau(x) jaune(s) tout en comportant des mesures objectives de l’état du travailleur. Les tests d’imagerie médicale ne sont généralement pas nécessaires lors de l’évaluation initiale, mais sont recommandés en présence d’un trauma, d’une suspicion clinique de rupture transfixiante de la CR ou de l'échec d'un traitement conservateur initial.

Pour un travailleur présentant une tendinopathie de la CR, la prescription d’un programme de réadaptation actif est recommandée. Certaines modalités thérapeutiques comme la prescription d’acétaminophène et/ou d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, la thérapie manuelle, une intervention en milieu de travail, une approche multimodale et des adaptations ergonomiques peuvent également être utiles.

Si la douleur est persistante, une injection de corticostéroïdes et/ou la prescription d’opiacés peuvent être considérées. Un travailleur avec une évolution non favorable devrait être référé en spécialité.

Un travailleur présentant une suspicion de rupture transfixiante de la coiffe des rotateurs associée à des facteurs pour référence rapide devrait être initialement référé en orthopédie. Si le travailleur ne présente pas ou peu de facteurs pour référence rapide, il devrait être référé en orthopédie uniquement en cas d’évolution non favorable à la suite d’un traitement conservateur. Le traitement conservateur pour une rupture transfixiante de la coiffe des rotateurs s’apparente à celui d’une tendinopathie de la coiffe des rotateurs et devrait inclure un programme de réadaptation actif.

Afin de favoriser le retour au travail, l’identification d’un acteur pivot, la description des rôles et responsabilités de toutes les parties prenantes, la prise de contact précoce auprès du travailleur blessé par le milieu d'emploi, la réévaluation et l’ajustement du plan et des objectifs de retour au travail, la présence de tâches signifiantes et valorisantes dans le programme de réadaptation et de retour au travail ainsi que l’élaboration d’objectifs réalistes face à la productivité du travailleur durant le processus de retour au travail sont recommandés.