IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

 Important Notice Concerning COVID-19

(June 12, 10AM) Gradual resumption of the Laboratory Division’s activities. Due to the rapid spread of COVID-19, and to ensure the health and safety of its employees and its entire network, the IRSST has implemented exceptional measures.

Early Entry into the Labour Market at Age 13 and Repercussions on the OHS of Young People Holding Jobs at Age 15

Summary

Le travail rémunéré pendant les études fait partie du mode de vie d’une majorité d’étudiants au Québec. En effet, les récentes données de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2016-2017 (EQSJS) rapportent que plus d’un élève du secondaire sur deux travaillait pendant l’année scolaire et que près de 12 % d’entre eux consacraient 16 heures ou plus par semaine à leur emploi. De plus, les deux tiers (67 %) des jeunes ayant subi une blessure au travail, alors qu’ils travaillaient pour un employeur ou pour l’entreprise familiale, ont dû soit recevoir des soins, soit consulter un professionnel de la santé, ou encore rater au moins une journée d’école en raison de cette blessure.

Pour bien appréhender les facteurs qui prédisent ou accompagnent l’entrée précoce des adolescents sur le marché du travail, la littérature scientifique souligne l’importance de considérer autant leurs caractéristiques sociodémographiques et familiales que les divers aspects liés à leur développement affectif, comportemental et scolaire, par l’entremise notamment d’analyses de trajectoires basées sur des données longitudinales. C’est justement ce que permet l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ) dirigée par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). L’originalité de cette étude longitudinale réside dans le fait qu’elle dispose de données riches, s’étalant jusqu’ici sur une période de 19 ans. Plus précisément, l’ÉLDEQ a recruté une cohorte d’enfants nés au Québec entre octobre 1997 et juillet 1998. Il s’agit d’un échantillon aléatoire stratifié représentatif de 94,5 % de la population québécoise née à cette période. Lorsque les participants avaient 13 ans, il leur a été demandé s’ils avaient depuis septembre occupé un emploi. Lors de la collecte de 2013, alors que les participants avaient 15 ans, la section sur l’emploi et la SST fut grandement bonifiée grâce à une contribution de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).

Ce projet de recherche s’inscrit dans la foulée des travaux qui ont pour objet de comprendre les raisons pour lesquelles les jeunes travailleurs courent un risque accru d’accidents de travail et vise, par le fait même, à développer de nouvelles connaissances sur la santé et la sécurité au travail des jeunes. Plus largement, ce projet participe aux efforts de recherche qui tentent de remédier à l’absence de données dans la littérature sur les facteurs liés à une entrée précoce sur le marché du travail et sur les effets y étant associés sur le plan de la santé et de la sécurité à l’âge de 15 ans. De manière plus spécifique, cette étude vise à 1) explorer les variables et les trajectoires sociodémographiques, familiales, scolaires et comportementales qui sont associées à l’occupation d’un emploi à 13 ans; 2) caractériser les conditions d’emploi des jeunes de 13 et 15 ans et vérifier si la catégorie d’emploi, le type de tâches, l’environnement psychosocial au travail, l’environnement physique ainsi que la survenue de lésions professionnelles et d’autres indicateurs de santé des jeunes de 15 ans diffèrent selon qu’ils occupaient ou non un emploi à l’âge de 13 ans, 3) proposer une manière de caractériser l’intensité du travail chez les adolescents.

Le travail, incluant les petits travaux, fait partie de la vie d’environ 60 % des jeunes de l’ÉLDEQ âgés de 13 ans, les filles de cet âge étant proportionnellement plus nombreuses à travailler que les garçons. Également, parmi ces jeunes travailleurs, environ un sur trois (35,5 %) occupe un emploi formel pour un employeur ou travaille pour l’entreprise familiale pendant l’année scolaire. À l’âge de 15 ans, on remarque, d’une part, une diminution importante de la proportion de jeunes qui effectuaient de petits travaux seulement et, d’autre part, une plus forte proportion de jeunes occupant un emploi pour un employeur ou l’entreprise familiale. Ces résultats peuvent signifier qu’une période de transition s’amorce alors pour les adolescents qui migrent davantage vers des emplois formels entre l’âge de 13 et de 15 ans. Également, des profils d’emplois différenciés se dessinent selon le genre, les filles étant encore à cet âge plus nombreuses en proportion à effectuer uniquement de petits travaux que les garçons tandis que ces derniers sont en proportion plus nombreux à travailler pour un employeur ou pour l’entreprise familiale. Les résultats de la présente étude suggèrent également que la situation d’emploi des jeunes n’est pas nécessairement stable tout au long de l’année scolaire puisque parmi ceux ayant travaillé depuis septembre à 15 ans, plus du quart n’occupaient pas d’emploi au cours du mois précédant l’enquête. De plus, le fait d’avoir travaillé pendant l’année scolaire à 13 ans ne signifie pas nécessairement que le jeune occupera un emploi à 15 ans.

Afin d’identifier ce qui peut expliquer ou prédire l’entrée précoce sur le marché du travail, des facteurs fixes ou des mesures prises à 12 ans ont été considérés, d’une part, et, d’autre part, des mesures longitudinales, répétées de 5 à 12 ans, ont été utilisées. Les résultats montrent qu’un jeune était plus susceptible d’occuper précocement un emploi à 13 ans lorsque sa mère n’avait pas de diplôme postsecondaire, lorsqu’il est issu d’une famille dont la trajectoire de revenus a connu un changement dans le temps et quand il est indécis au regard de ses aspirations scolaires ou qu’il souhaite compléter un diplôme d’études professionnelles. Au surplus, les auteurs ont découvert qu’un jeune est moins enclin à intégrer le marché du travail dès l’âge de 13 ans lorsqu’il provient d’une famille recomposée ou lorsqu’il est moins actif physiquement. Par ailleurs, les jeunes ayant occupé un emploi à 13 ans et à 15 ans sont en proportion plus nombreux à admettre qu’ils travaillent parce que leurs parents les y encouragent et à réussir leur projet scolaire dans une proportion supérieure à la moyenne comparativement aux jeunes n’ayant déclaré un emploi qu’à 15 ans.

D’autre part, les auteurs ont cherché à savoir si une entrée précoce sur le marché du travail à 13 ans peut avoir une influence quelconque sur les caractéristiques de l’emploi occupé deux ans plus tard. Dans l’ensemble, les jeunes ayant travaillé à 13 ans semblent occuper des emplois qui se distinguent en partie de ceux occupés par les jeunes ayant travaillé seulement à 15 ans. En effet, les résultats montrent que parmi les jeunes de 15 ans qui travaillaient au cours du mois précédant l’enquête, ceux qui rapportaient avoir aussi occupé un emploi formel à 13 ans sont proportionnellement plus nombreux à exercer des métiers dits manuels (ex. : ouvrier, mécanicien, travail de ferme). Toutefois, cette différence n’est plus significative si l’on considère les garçons seulement. Les jeunes ayant occupé un emploi formel à 13 ans sont également proportionnellement plus nombreux à être exposés à quatre contraintes physiques de travail ou plus dans le contexte de leur emploi à 15 ans. Cependant, parmi l’ensemble des contraintes physiques étudiées, seules « fournir des efforts avec équipement » et « respirer les vapeurs de solvants » permettent de différencier les jeunes ayant occupé un emploi formel à 13 et à 15 ans de ceux ayant occupé un emploi à 15 ans seulement. Les résultats suggèrent donc qu’une entrée précoce sur le marché du travail à 13 ans semble accroître les possibilités qu’un jeune puisse occuper un emploi plus à risque à 15 ans, soit un emploi manuel qui l’expose à un plus grand nombre de contraintes physiques de travail. Toutefois, les jeunes qui occupaient un emploi formel à 15 ans seulement sont proportionnellement moins nombreux à rapporter que leur supérieur immédiat facilite la réalisation du travail comparativement à ceux qui occupaient un emploi formel à 13 ans et à 15 ans. Une entrée précoce sur le marché du travail pourrait-elle influencer la manière dont l’adolescent réussit à mobiliser les ressources présentes dans son environnement de travail à 15 ans?

De plus, deux stratégies d’analyse ont été employées afin d’identifier des variables qui pourraient s’avérer utiles pour caractériser l’intensité du travail lorsqu’il est question de l’emploi occupé par les adolescents. Pour ce faire, six variables ont été retenues : l’emploi formel à 13 ans, le genre de travail à 15 ans, le nombre d’heures travaillées par semaine, l’horaire de travail, le nombre de contraintes physiques de travail et la demande psychologique. Dans l’objectif de mieux rendre compte de toute la complexité de la notion d’intensité du travail, les analyses combinant analyse des correspondances multiples et méthode de classification ont permis de dégager 4 classes de répondants eu égard aux 6 variables susmentionnées. Ces classes sont associées aux symptômes de troubles musculosquelettiques (TMS) et aux blessures au travail, malgré une taille d’effet faible à moyenne, suggérant l’intérêt d’utiliser ces variables pour caractériser l’intensité du travail chez les adolescents dans les études portant sur la SST des étudiants travailleurs. Les analyses discriminantes ont, d’autre part, permis de confirmer l’importante contribution de la demande psychologique dans les modèles multivariés visant à étudier l’association entre les indicateurs de santé et de santé et sécurité du travail (SST) et les variables retenues pour caractériser l’intensité du travail, une dimension peu explorée dans les études portant sur le travail des adolescents.

Au total, ces résultats suggèrent que l’intensité du travail chez les adolescents ne peut se limiter à une simple addition de la durée d’exposition et du cumul de contraintes, mais bien que la nature des contraintes et des exigences du travail de même que les premières expériences de travail et les trajectoires développementales sont également à considérer pour mieux orienter la prévention des lésions professionnelles chez les jeunes travailleurs.

 

Note

Working and studying at the same time is part of the reality of a majority of Québec students. Indeed, recent data from the Québec Health Survey of High School Students 20162017 (QHSHSS) revealed that more than one in two high school students worked during the school year and that nearly 12% of them spent 16 or more hours per week at their jobs. In addition, two-thirds (67%) of adolescents who sustained work-related injuries when working for an employer or family business had to receive care, either by consulting a health professional or missing a day of school due to the injury.

The scientific literature stresses that if we are to thoroughly understand the factors predicting or associated with the early entry of adolescents into the labour market, it is important to take into account their sociodemographic and family characteristics, as well as the various aspects related to their affective, behavioural, and educational development, notably through trajectory analyses based on longitudinal data. This is exactly what is done in the Québec Longitudinal Study of Child Development (QLSCD) being conducted by the Institut de la statistique du Québec (ISQ). The originality of this longitudinal study lies in the fact that it provides extensive data spanning a period of 19 years, to date. More specifically, the QLSCD recruited a cohort of children born in Québec between October 1997 and July 1998. The cohort consists of a stratified random sample representative of 94.5% of the Québec population born during that period. At age 13, the participants were asked if they had held a job since September of that year. During the 2013 data collection, when the participants were 15 years old, the section of the survey on employment and occupational health and safety (OHS) was greatly enhanced by a contribution from the Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).

This research project was a continuation of the work aimed at understanding the reasons why young workers run a high risk of having industrial accidents. It thus sought to develop new knowledge on their occupational health and safety. The project was part of broader research efforts to remedy the absence, in the literature, of data on the factors associated with early entry into the labour market and on the related health and safety effects on adolescents at age 15. More specifically, the study sought to (1) explore the sociodemographic, family, educational and behavioural variables, and trajectories associated with holding a job at age 13; (2) characterize the conditions under which teens work at ages 13 and 15 and verify whether the job category, type of tasks, psychosocial environment at work, physical environment, and occurrence of employment injuries and other health indicators in 15-year-olds differ, depending on whether or not they hold a job at age 13; and (3) propose a way of characterizing work intensity among adolescents.

Work, including odd jobs, was found to be part of the reality of approximately 60% of the 13-year-old participants in the QLSCD, with a higher proportion of girls working than boys. In addition, approximately one in three (35.5%) of these young workers held a formal job for an employer or worked for the family business during the school year. A major drop in the proportion of adolescents doing only odd jobs was noted at age 15, as well as a higher proportion of teens holding jobs for an employer or the family business. These results may signal the start of a transition period between the ages of 13 and 15, when teens tend to migrate to formal jobs. Differentiated job profiles also emerged according to gender, with a higher proportion of girls than boys between ages 13 and 15 doing only odd jobs, whereas a higher proportion of boys worked for an employer or the family business. The results of this study further suggest that the employment situation of adolescents is not necessarily stable during the school year. More than one quarter of those who, at age 15, had worked since September had not held a job during the month preceding the survey. Moreover, the fact of having worked during the school year at age 13 does not necessarily mean that the young person will hold a job at age 15.

To identify what might explain or predict early entry into the labour market, fixed factors or measures taken when the participants were age 12 were examined, and longitudinal measures taken repeatedly from ages 5 to 12 were used. The results showed that the adolescents were more likely to hold an early job at age 13 when their mother did not have a post-secondary diploma, when they came from a family whose income trajectory underwent a change over time, or when they were undecided about their academic goals or wanted to obtain a vocational studies diploma. Furthermore, the authors discovered that the teens were less inclined to enter the labour market at age 13 when they came from a blended family or were less physically active. A higher proportion of the teens who held jobs at ages 13 and 15 also admitted that they worked because their parents encouraged them to do so, and a higher-than-average proportion of them succeeded in school than those who reported working only at age 15.

The authors also sought to ascertain whether early entry into the labour market at age 13 might have any impact on the characteristics of the job held two years later. Overall, the teens who had worked at age 13 appeared to hold jobs that partially differed from the jobs held by those who worked only at age 15. The results showed that, of the 15-year-olds who had worked during the month prior to the survey, proportionally more of those who reported also having had formal jobs at age 13 performed manual jobs (e.g. worker, mechanic or farm labourer). However, this difference was no longer significant if boys only were considered. Also, proportionally more teens who had held formal jobs at age 13 were exposed to four or more physical work demands in the context of their jobs at age 15. However, of all the physical demands studied, only “performing tasks using equipment” and “breathing in solvent vapours” differentiated the teens who had held formal jobs at both ages 13 and 15 from those having held jobs at age 15 only. The results therefore suggest that early entry into the labour market at age 13 increases the likelihood that teenagers will hold higher-risk jobs at age 15, i.e. manual jobs that expose them to a higher number of physical work demands. However, a lower proportion of teens who had held formal jobs only at age 15 than those who had held formal jobs at both ages 13 and 15 reported that their direct supervisors facilitated their work. Could early entry into the labour market therefore influence how teens utilize the resources present in their work environment at age 15?

Two analysis strategies were used to identify variables that could be useful in characterizing the work intensity in jobs held by teens. Six variables were retained for this purpose: the formal job held at age 13, type of work performed at age 15, number of hours worked per week, work schedule, number of physical work demands, and psychological demands. To make better sense of the highly complex notion of work intensity, analyses combining multiple correspondence analysis with a classification method led to the identification of four categories of respondents with respect to the six aforementioned variables. These categories were associated with the symptoms of musculoskeletal disorders (MSDs) and work-related injuries, despite a small to moderate size effect, suggesting the merit of using these variables in OHS studies involving student workers to characterize work intensity among teens. Discriminant analyses confirmed the major role played by psychological demands in the multi-variate models designed to study the association between health and OHS indicators and the variables retained to characterize work intensity, a little-explored dimension in the studies on adolescent workers.

Overall, these results suggest that work intensity among adolescents cannot be determined solely by totalling the duration of exposure and cumulative demands, but rather that the nature of the demands and work requirements, as well as the first work experiences and developmental trajectories, should also be considered in order to better orient efforts aimed at preventing employment injuries among young workers.

Additional Information

Category: Research Report
Author(s):
Research Project: 2013-0053
Online since: December 13, 2019
Format: Text