IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Évaluation des risques liés à la SST - Les critères de conception d’un outil pour les superviseurs de stage du « Parcours de formation axée sur l’emploi »

Sommaire

Au Québec, les statistiques de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) indiquent que les déclarations des lésions professionnelles par les jeunes travailleurs ont beaucoup diminué dans la dernière décennie. Certains jeunes demeurent cependant plus vulnérables aux lésions professionnelles, dont ceux qui éprouvent des difficultés d’apprentissage ou d’adaptation. Ces jeunes occupent plus souvent des métiers manuels, ont peu d’expérience et ils peuvent avoir des difficultés particulières de compréhension qui pourraient les fragiliser lors de l’apprentissage d’un métier. Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) a mis sur pied en 2007-2008 le Parcours de formation axée sur l’emploi (PFAE) s’adressant à ces jeunes, afin de les préparer à intégrer le marché du travail. Il regroupe deux programmes basés sur l’alternance travail-études qui privilégient les stages en entreprise comme modalité d’apprentissage : la Formation menant à l’exercice d’un métier semi-spécialisé (FMS) visant les élèves avec des difficultés d’apprentissage légères à modérées et la Formation préparatoire au travail (FPT) s’adressant à des élèves en plus grande difficulté d’apprentissage ou d’adaptation ou en situation de handicap par rapport aux études ou au travail.

L’enseignant qui supervise les élèves lors de leur stage en entreprise représente une personne pivot. Il accompagne chaque élève dans le choix d’un métier qui corresponde à ses intérêts et capacités, trouve un milieu de stage et négocie l’entente de stage avec l’entreprise. Puis, il soutient l’intégration de l’élève en stage, suit l’évolution de ses apprentissages et évalue l’atteinte du niveau de compétence au terme du stage. Les enseignants utilisent deux principales modalités pédagogiques : les visites de supervision en milieu de stage et des activités réflexives en classe. En vertu de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP), un stagiaire du PFAE est considéré comme étant à l’emploi de son établissement scolaire, car il s’agit d’un stage non rémunéré. Si l’élève se blesse au cours de son stage, la responsabilité de l’accident est donc attribuée à son école et non à l’entreprise qui l’accueille. C’est la raison pour laquelle les enseignants-superviseurs de stage doivent notamment s’assurer que les risques à la santé et à la sécurité du travail (SST) présents dans les milieux de stage ne compromettent pas l’apprentissage ou la santé des élèves. Cette étude souhaite explorer la possibilité de développer, pour les enseignants, un outil d’aide à l’évaluation des risques pour la SST, qui soit compatible avec leurs besoins, capacités et contextes multiples de travail.

L’étude vise à :

  1. connaître les conditions de supervision et plus généralement l’activité de travail des enseignants lorsqu’ils rendent visite à leurs élèves dans les entreprises;
  2. déterminer les besoins spécifiques des enseignants-superviseurs de stage pour agir en prévention, en détaillant leur perception de la SST dans les milieux de stage, leur connaissance des risques et des facteurs de risque, ce qu’ils font pour identifier ces risques en entreprise et les actions de prévention qu’ils mettent déjà en œuvre;
  3. connaître la perception des enseignants à l’égard de leur marge de manœuvre et de leur efficacité personnelle pour exercer un rôle en prévention, en particulier pour réaliser des évaluations des risques et évoquer cette question avec les milieux de stage;
  4. décrire les opportunités pour implanter un outil d’aide à l’évaluation des risques du point de vue des entreprises recevant des stagiaires.
  5. recenser, dans les principaux centres de documentation et sites Web d’organismes visant la prévention des lésions professionnelles, les divers outils d’évaluation des risques destinés à l’usage de non-spécialistes

L’étude s’appuie sur des observations réalisées auprès de neuf enseignants lors de leurs visites de supervision en entreprise, des entretiens collectifs avec dix-sept enseignants, des entretiens individuels avec cinq employeurs recevant des élèves en stage et une recension des outils d’évaluation des risques pour la SST destinés à l’usage de non-spécialistes accessibles sur les sites Internet d’organismes de prévention.

Les résultats de la recherche montrent que les enseignants disposent généralement de peu de temps pour réaliser leurs visites de supervision même si la situation varie d’un enseignant à l’autre. La durée et le déroulement de chaque visite dépendent de l’organisation scolaire (nombre d’élèves supervisés, nombre de jours consacrés à la supervision, etc.), de la situation particulière de l’élève, de la disponibilité des interlocuteurs de l’entreprise pour échanger et de la possibilité d’observer l’élève en train de travailler. Par ailleurs, les résultats révèlent que les élèves peuvent faire face à un large éventail de risques liés à la diversité des métiers exercés et des lieux de stage. Les enseignants privilégient la sensibilisation des élèves comme stratégie de prévention, en s’appuyant sur leurs expériences professionnelles et les informations glanées dans des sites Internet dédiés. Ils semblent réticents à interpeller les entreprises au sujet de la prévention, puisqu’ils expliquent avoir des connaissances limitées en matière de SST, ne pas avoir été formés pour traiter cette question et craindre que ce sujet décourage des employeurs qu’ils souhaitent fidéliser dans leur banque de milieux de stage. La possibilité pour les enseignants d’exercer un rôle en prévention est donc directement influencée par la rareté des milieux de stage et par la compréhension que leurs interlocuteurs des entreprises ont du rôle de superviseur.

Au terme de ce projet, il est proposé de concevoir un outil d’aide à l’évaluation des risques en deux parties. Cet outil viserait notamment à rassurer les enseignants en leur permettant d’agir en prévention en toute légitimité. L’outil devrait être constitué :

  1. d’une description concise et illustrée de neuf types de risques pour la SST auxquels les élèves peuvent faire face dans leurs différents métiers afin d’aider les enseignants à identifier la présence de facteurs de risque dans les milieux de stage. Ce document pourra être réalisé en regroupant les informations pertinentes issues des outils répertoriés dans la recension.
  2. d’un guide méthodologique comprenant :
  • une aide pour questionner des employeurs sur les risques et les accidents éventuels;
  • une aide à l’observation pour permettre aux enseignants d’évaluer les risques pour la SST auxquels les élèves sont exposés lorsqu’ils viennent les voir travailler en entreprise. Cette aide à l’observation s’appuiera sur le modèle de la situation de travail centré sur la personne en activité (St-Vincent et al., 2011), ainsi que sur des méthodes utilisées par les ergonomes lors de leurs interventions en entreprise. Concrètement, le guide fournira aux enseignants des informations sur :
    • quoi regarder et à quoi faire attention lors de l’observation d’un élève en action;
    • des méthodes pour négocier leur présence auprès des membres de l’entreprise;
    • des critères pour choisir les meilleurs moments pour réaliser des observations (moments calmes ou pics d’activité) et leurs intérêts respectifs.
  • un répertoire de stratégies mises en œuvre par les enseignants pour interpeller les entreprises lorsqu’une situation dangereuse est identifiée.