IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Mesure de l'exposition du technicien ambulancier paramédical aux facteurs de risque de troubles musculosquelettiques

Sommaire

Le technicien ambulancier paramédical (TAP) a comme fonction principale de prodiguer les soins préhospitaliers d’urgence tout en assurant, de façon sécuritaire, le transport du bénéficiaire vers un centre hospitalier. Fondamentalement, son objectif est de réduire au minimum la mortalité et la morbidité des bénéficiaires en minimisant le temps de réponse. De nombreuses études à travers le monde, incluant le Québec, montrent que les TAP ont un taux plus élevé de lésions professionnelles et prennent leur retraite plus tôt que les autres travailleurs de la population y compris ceux du système de santé. Plusieurs TAP quittent leur emploi pour un autre dont les tâches sont moins exigeantes à mesure qu’ils vieillissent. Très peu d’attention a été dirigée sur ce qui se passe réellement sur le terrain lors de situations de travail et les mesures actuelles d’exposition aux facteurs de risque s’avèrent souvent insuffisantes. Ce projet avait donc pour objectif de décrire le contexte de travail des TAP et de quantifier leur exposition aux facteurs de risque de troubles musculosquelettiques.

L’observation de 101 TAP œuvrant dans les régions de Montréal et de Québec durant 175 quarts de travail a permis de documenter les tâches et les multiples scénarios auxquels ils font face au quotidien. L’impact des différents déterminants du travail a été caractérisé, et ceux non favorables, c.-à-d. ceux pouvant induire un déséquilibre entre le bien-être et la santé du TAP et les attentes du travail, ont été identifiés.

Aux prises avec des situations de travail qui ne sont jamais les mêmes, les TAP prennent des décisions s’appuyant sur l’information mise à leur disposition, mais plusieurs éléments du contexte de travail demeurent imprévisibles jusqu’au premier contact avec le bénéficiaire. Les situations de travail ayant nécessité une évacuation en transport urgent ont représenté moins de 10 % des interventions préhospitalières. L’instabilité de l’état de santé du bénéficiaire constitue la pierre angulaire des difficultés du métier, car cela dicte la suite des actions, soit le choix du protocole de soins et de la priorité d’évacuation du bénéficiaire. Ce déterminant est la cause de l’empressement des TAP, notamment dans les situations urgentes, elle est en partie responsable de la charge de travail élevée et des efforts physiques du binôme de TAP. Les soins prodigués aux bénéficiaires, guidés par des protocoles bien définis, représentent les tâches où les mesures d’exposition aux risques de blessure au dos, basées sur des indices posturaux, sont les plus élevées. Les tâches liées au déplacement du bénéficiaire, notamment lors de sa prise en charge totale, se trouvent également au cœur de ces difficultés. Globalement, les TAP de sexe féminin, les TAP avec plusieurs années d’ancienneté et les TAP obèses ont adopté des postures de travail plus sécuritaires que leurs confrères de travail. Dans le contexte d’une évacuation urgente d’un bénéficiaire, les TAP de sexe féminin ont ressenti une forte pression temporelle qui s’est exprimée par une perception de la charge de travail beaucoup plus élevée que celle les hommes. Pourtant, le niveau d’efforts physiques, la durée des tâches et l’état de fatigue étaient similaires entre eux. Les situations de travail en non-urgence ont été vécues différemment pour les TAP ayant plus de 15 années d’expérience. La perception de l’effort physique, de la charge de travail et de la pression temporelle étaient plus importantes que celle perçue par les TAP ayant moins d’ancienneté, quoiqu’à des niveaux relativement bas. Les TAP assignés aux soins sont exposés à des facteurs de risque significativement plus marqués que leurs coéquipiers. Ce résultat est associé à une alternance des rôles à l’intérieur d’un quart de travail après chaque intervention qui aurait nécessité un transport urgent. Considérant que des périodes d’attente suivent généralement chacune des interventions préhospitalières, offrant ainsi un temps de récupération aux travailleurs, et que les situations de travail sollicitant les aptitudes cardio-respiratoires maximales sont très peu fréquentes, la faible capacité aérobie de certains TAP, observée notamment parmi ceux étant obèses, ne représente pas une contrainte majeure de leur travail, bien qu’elle soit non souhaitable. Jusqu’à un certain point, les effets négatifs d’une charge de travail élevée lors des situations nécessitant un transport urgent du bénéficiaire semblent être nuancés par la latitude décisionnelle des TAP alors qu’elle soulève la notion de compromis entre la qualité du service, l’empressement et leur sécurité. Il semble effectivement que la formule « chaque minute compte » véhiculée dans le milieu préhospitalier illustre bien l’urgence de travailler rapidement et l’exigence temporelle élevée qui s’y rattache, alors que « toutes les minutes comptent » en situation non urgente pour assurer une qualité de service qui optimisera le bien-être des usagers.

Ce projet d’envergure a permis de dresser un portrait clair du métier de TAP : les contraintes de leur métier en font un métier à risque qui comporte son lot de difficultés. Les informations colligées dans ce rapport permettront d’enrichir le contenu des formations des futurs TAP et de contribuer à l’application de solutions préventives aux problèmes de santé qui affligent un trop grand nombre de travailleurs en soins préhospitaliers d’urgence.

Note

Un document de sensibilisation vulgarisé est également disponible.

Informations complémentaires

Collection : Rapports scientifiques
Catégorie : Rapport
Auteur(s) :
  • Philippe Corbeil
  • André Plamondon
  • Angelo Tremblay
  • Jérôme Prairie
  • Dominique Larouche
  • Sandrine Hegg-Deloye
Projet de recherche : 0099-8190
N° de publication : R-944
Langue : Français
Date de publication : 06 février 2017
Format : Texte