IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail

Contraintes thermiques et substances chimiques - Bilan des connaissances et emplois les plus à risque au Québec

Résumé

L’exposition au froid ou à la chaleur déclenche une série de réponses physiologiques compensatrices qui permettent à l’organisme humain de maintenir sa température interne malgré un stress thermique. Ces mécanismes de thermorégulation sont bien documentés et les changements physiologiques qu’ils impliquent peuvent modifier les fonctions de plusieurs organes liées à l’absorption et au métabolisme des substances chimiques. Des études dans le domaine de la pharmacologie et de l’épidémiologie  rapportent une augmentation de l’absorption et des effets de certains médicaments de même qu’une augmentation du taux de mortalité humaine associée à la pollution de l’air, lors d’une exposition simultanée à la chaleur et à des xénobiotiques. En extrapolant ces données à la santé au travail, il est permis de croire qu’une exposition concomitante aux contraintes thermiques et aux substances chimiques est susceptible d’accroître l’absorption de certains xénobiotiques de même que leurs effets.

Le premier objectif de cette recherche visait à recenser l’ensemble des données publiées dans la littérature scientifique récente. Le deuxième objectif consistait à identifier les travailleurs québécois exposés aux substances chimiques et qui pourraient être les plus touchés par les contraintes thermiques. Une attention particulière a été accordée à la présence de substances chimiques susceptibles d’affecter les mécanismes de thermorégulation.

La revue de la littérature a été effectuée en interrogeant les bases de données bibliographiques Medline, Toxline et Chemical Abstract pour la période allant de janvier 1990 à juin 2012 afin de documenter les changements physiologiques associés aux contraintes thermiques, les expositions concomitantes aux contraintes thermiques et aux substances chimiques ainsi que leurs effets, les travailleurs exposés aux substances chimiques les plus susceptibles d’être affectés par les contraintes thermiques et les substances chimiques pouvant affecter les mécanismes de thermorégulation. Une démarche faisant appel au jugement professionnel a été subséquemment utilisée afin d’identifier les milieux de travail québécois où l’exposition aux contraintes thermiques était susceptible d’entraîner une modification de la toxicocinétique des substances chimiques. Ainsi, 13 experts dans le domaine des contraintes thermiques ou de l’hygiène industrielle ont été individuellement consultés afin qu’ils hiérarchisent les 136 emplois retenus à l’égard de l’importance de la problématique étudiée.

Les données recueillies montrent que l’impact de l’exposition au froid sur la toxicocinétique et les effets des substances chimiques a été peu étudié. Dans les quelques études recensées, on y rapporte qu’une exposition à un stress thermique froid entraîne habituellement une diminution de la toxicité des substances chimiques. L’exposition à la chaleur est, quant à elle, associée à une augmentation de l’absorption pulmonaire et cutanée des xénobiotiques, ceci étant souvent associé à une augmentation de leur toxicité et de leur concentration dans les fluides biologiques. La surveillance biologique de l’exposition peut être utilisée afin de mettre en évidence l’augmentation de l’absorption pulmonaire ou cutanée des contaminants lors d’une exposition à la chaleur. L’importance de l’augmentation dépend de l’intensité du stress thermique, des niveaux d’exposition et des caractéristiques physico-chimiques des substances chimiques.
Parmi les emplois les plus concernés au Québec par cette problématique, on en retrouve 20 appartenant au secteur de la fabrication des produits minéraux non métalliques / première transformation des métaux / fabrication de produits métalliques ainsi que les couvreurs de toiture et les pompiers. Ces milieux de travail devraient être priorisés dans le cadre de recherches ultérieures visant à mieux caractériser le risque associé à l’exposition simultanée aux contraintes thermiques et aux substances chimiques. De façon plus spécifique, l’exposition à certains contaminants peut affecter les mécanismes de thermorégulation et ainsi diminuer la capacité des travailleurs à s’adapter à la chaleur. Les travailleurs principalement visés par cette problématique sont ceux exposés au plomb et à ses composés inorganiques (poussières et fumées), à certains pesticides (organophosphorés et carbamates) et aux fumées d’oxydes métalliques (zinc, aluminium, antimoine, cadmium, cuivre, magnésium, manganèse, étain).

Ce bilan permettra de guider les intervenants en santé au travail dans leurs démarches d’évaluation du risque lors de situations d’exposition simultanée aux contraintes thermiques et aux substances chimiques, notamment en ayant permis de cibler certains emplois plus à risque. Les données compilées dans le présent rapport pourront également être utilisées pour le développement de modèles toxicocinétiques afin de permettre une meilleure évaluation du risque. Des études en milieu de travail pourraient être également menées afin de documenter, en situation réelle, l’influence d’une exposition à la chaleur sur l’absorption et la toxicocinétique des substances chimiques; la surveillance biologique constituant un outil de choix dans l’étude de  cette problématique.

Informations complémentaires

Collection : Rapports scientifiques
Catégorie : Rapport de recherche
Auteur(s) :
Projet de recherche : 2010-0008
Mis en ligne le : 13 novembre 2013
Format : Texte