Trois nouvelles rubriques dans le volet "Formation de la section Intervenir ;

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•  Pousser-tirer
•  Santé psychologique

Dans la section Évaluation des risques, consultez la nouvelle rubrique sur la Grille d'analyse en manutention

Nouveau rapport de recherche Comparaison des façons de faire entre les experts et les novices

Nouvelle section Comparaison expert/novice, 40 photos et vidéos.

COLLOQUE MANUTENTION
Présentations des conférenciers disponibles en ligne.
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Mise à jour du site : Janvier 2011

 

Formation

Un nouveau courant se manifeste dans la formation des manutentionnaires. Les formations actuelles ne répondent pas aux attentes des intervenants et des travailleurs. Une recherche récente à l’IRSST nous a permis de mieux comprendre les différences entre des manutentionnaires experts et des manutentionnaires novices (pour de plus amples informations sur cette recherche et sur de nombreux vidéo, cliquez sur ce lien « Comparaison expert/novice ») . Après avoir observé des manutentionnaires d’expérience en laboratoire et sur le terrain, on constate que ceux-ci font appel à des principes de manutention qui les rendent moins à risques aux troubles musculo-squelettiques (TMS).

Le chercheur Denys Denis, de l’IRSST, en conclut que la formation devrait s’inspirer des techniques développées par ces manutentionnaires chevronnés et mettre l’accent sur certains principes de base :
 

  • Utiliser le poids du corps pour faire bouger la charge.
  • Faire travailler la charge pour soi en utilisant la gravité pour transformer l’énergie potentielle de la charge en énergie cinétique.
  • Assurer une continuité dans le mouvement, pour qu’il n’y ait pas trop d’interruption entre la phase de prise et celle de soulèvement, ce qui permet de diminuer la durée de maintien de la charge.
  • Adapter ses façons de faire en fonction de la situation.
  • Donner aux manutentionnaires le temps d’apprendre et d’acquérir de l’expérience.

Lire l’article complet de Denys Denis

Nouveau rapport de recherche et vidéo

Manutention manuelle
Programme de formation participative


Ce nouveau rapport décrit la démarche proposée, ses fondements théoriques et propose des outils pratiques pour concevoir des formations à la manutention à la fois plus réalistes et spécifiques aux milieux auxquels elles sont destinées. Une stratégie d’implantation en milieu de travail en trois phases est présentée, dont le principe directeur est de partir des situations concrètes de travail et des façons de faire déjà en place, plutôt que d’imposer de l’extérieur ce qui devrait être fait. Bien que la formation soit au cœur de cette démarche, les conditions de travail susceptibles d’influencer la présence des risques lors des activités de manutention sont aussi considérées. 
Télécharger le rapport

 

 

Présentation vidéo

Denys Denis, chercheur à l'RSST, présente les résultats de son projet de développement d'un programme de formation à la manutention manuelle.

Le texte qui suit est un résumé du rapport R-690

Jusqu’à présent, les techniques classiques enseignées dans les formations en manutention ne sont pas parvenues à diminuer les risques de blessures et d’accidents dans les milieux de travail. Plusieurs raisons peuvent expliquer les effets mitigés des programmes de formation. Les chercheurs de l’IRSST se sont donc penchés sur la question à savoir quels devraient être les fondements théoriques et l’approche proposée pour assurer une formation à la manutention manuelle efficace qui correspondrait à la réalité des manutentionnaires et des milieux de travail. Le prétexte n’est pas de questionner la formation comme avenue de prévention, mais plutôt de revoir l’approche – la façon de former les manutentionnaires.

Avant même de débuter, il est important de préciser que la formation est une avenue de prévention parmi plusieurs autres. À titre d’exemple, il est également possible d’agir sur l’aménagement (ex : hauteurs de travail), l’environnement (ex : l’adhérence du sol), les équipements (ex : fournir un aide à la manutention de charges lourdes), etc. C’est en combinant la formation aux autres avenues de prévention que l’intervention portera fruit.

Ne voulant en aucun cas offrir un programme de formation « clé en main », les auteurs ont voulu adapter la formation en manutention aux réalités vécues par les travailleurs. Le rapport de recherche décrit la démarche proposée, les fondements théoriques et propose des outils pratiques pour concevoir des formations en lien avec les activités de manutention. Ces dernières tiendraient compte, entre autres, de leur réalité, de l’expérience acquise et des spécificités du travail. En d’autres termes, on cherche à concevoir des formations de terrain en tentant de développer des compétences et des façons de faire pour outiller plus efficacement les manutentionnaires.

Loin d’être exhaustif et complet, le résumé qui suit se veut être un aperçu et fait état des grandes lignes du programme. Afin d’être en mesure de bien comprendre la logique ayant menée à la démarche proposée, il est conseillé de lire l’intégral du rapport. Ce dernier est téléchargeable gratuitement.

Le programme vise à construire « des conditions propices pour aider l’apprenti à comprendre les situations rencontrées et à construire des connaissances adaptées ». La variabilité fait partie intégrante du métier de manutentionnaire : la charge (ex : format, poids, contenu), l’aménagement (ex : hauteurs de prise / dépôt, contraintes d’espace) et le contexte de travail parfois changeant (ex : livraison chez divers clients, conditions climatiques) n’en sont que quelques exemples.

Dans le rapport, les auteurs font l’analogie entre le manutentionnaire et le mécanicien. Un mécanicien a habituellement une panoplie d’outils dans son coffre pour être en mesure de réparer les différents modèles et marques de voiture. Plus le mécanicien est « généraliste », plus son coffre devra être bien garni pour être en mesure de faire différentes tâches (du changement d’huile au changement de pneus par exemple). Il aura à la fois des outils polyvalents et d’autres plus spécifiques. Il peut aussi avoir différentes grosseurs du même type de pinces, selon l’espace accessible pour faire le travail étant donné la diversité des modèles de voiture (puisque les composantes ne sont pas au même endroit, n’ont pas le même dégagement autour de la pièce, etc.). Pour sa part, l’outil de travail du manutentionnaire est son corps. Selon chaque situation, il devra choisir le bon savoir-faire (le bon outil) pour manutentionner, compte tenu de son interprétation de la situation (qui pourrait, entre autres, tenir compte de la charge, de la distance à parcourir, des hauteurs de prise et de dépôt et de l’urgence). Il est ainsi peu réaliste de proposer une seule et même méthode pour manutentionner puisque les situations et les contextes sont si différents les uns des autres et peuvent continuellement évoluer (ex : l’heure d’une livraison de commande devancée à 15 h 00 au lieu de 17 h00).

Le rapport est essentiellement divisé en deux parties : la première traite du contenu de l’approche proposée (quoi ?) alors que la deuxième suggère un moyen de l’implanter (comment ?). En tout temps, vous pouvez vous référer au texte intégral.
 

PARTIE 1 : CONTENU DE LA FORMATION – MANUTENTION


Une des idées sur laquelle repose le programme de formation est le fait que le manutentionnaire doit posséder deux compétences incontournables pour effectuer son travail :
 
1.   La compétence à évaluer la situation afin de prendre l’information pertinente d’une situation de travail et d’adapter  ses actions. Elle fait référence à la manutention de charge proprement dite.

2.   La compétence à organiser son travail de façon à anticiper des ajustements possibles à la planification initiale. Celle-ci fait davantage référence au volume de travail.
 

Compétence #1 : évaluer la situation de sorte à prendre l’information pertinente d’une situation de travail et adapter ses actions

L’objectif est de rendre les travailleurs aptes à lire (i.e. décoder) les situations de travail de sorte à aller chercher l’information pertinente pour utiliser le savoir-faire le plus adéquat à la situation. Prenons par exemple un manutentionnaire qui se déplace vers une charge. En la voyant, il « étudiera » / fera une « analyse » rapide de la charge (information visuelle). En la touchant, la glissant ou en l’inclinant vers lui (information proprioceptive), il ira chercher d’autres informations utiles, voire nécessaires, pour choisir comment il devra s’y prendre (c’est le savoir-faire). Il accordera une attention particulière à certains repères tels que les dimensions, le contenant et le contenu, le poids approximatif, l’endroit où il devra transporter la charge, le trajet (adhérence du sol, dénivellation), etc. Puisqu’une boîte de carton de 12 livres ne se manutentionne pas comme une bouteille d’eau de 18 litres, c’est seulement après cette « analyse » visuelle et proprioceptive qu’il choisira le savoir-faire opportun. La démarche proposée veut en arriver à rendre les manutentionnaires aptes à bien lire les situations pour arriver à être efficients. Être efficient, c’est exécuter la tâche le plus économiquement possible (c.-à-d. au moindre coût physique/énergétique) tout en diminuant les risques pour le travailleur et en assurant une bonne production. Les travailleurs expérimentés sont, en général, plus efficients que les novices car ils ont développé des stratégies et des savoir-faire qui leur permettent de bien lire les situations et d’adopter le savoir-faire opportun. L’efficience n’est donc pas chose simple ; elle se développe avec l’expérience.


Repères qui orientent l'action
Les auteurs ont fait ressortir plusieurs repères qui orientent / guident l’action. Ces derniers servent à évaluer les possibilités d’action qu’offre la situation ainsi que le niveau de risques (d’accidents et de blessures) auxquels le manutentionnaire devra faire face. Voici deux exemples de repères :
 

  • La charge (poids, instabilité, fragilité, etc.) : une charge dont l’emballage est détrempé / désuet présente des difficultés additionnelles (instabilité pouvant engendrer des problèmes de contrôle, une chute, etc.). Il sera alors plus difficile de récupérer si un imprévu survient ;

 

  • L’environnement spatial : par exemple, un espace restreint empêche le manutentionnaire de placer / déplacer aisément (ou comme il le souhaiterait) ses pieds. Il devient également difficile de récupérer d’un problème d’équilibre si un imprévu arrivait car il n’a pas la liberté souhaitée pour modifier le positionnement de ses pieds.

 

 

Bien entendu, les savoir-faire sont infinis. C’est pourquoi les auteurs ont choisi de les décontextualiser pour les regrouper en huit règles d’action. Ces règles d’action ne dictent pas comment faire, mais dictent plutôt un objectif à atteindre / ce sur quoi il faut se baser pour choisir le savoir-faire le plus approprié.

Ces dernières sont synthétisées dans le tableau qui suit. Vous comprendrez que ce tableau est loin d’être exhaustif et que les descriptions ont été simplifiées afin de faciliter la compréhension globale. Selon la situation, certaines règles peuvent être prédominantes, alors que d’autres le sont moins. Un même savoir-faire est habituellement associé à plus d’une règle. Par exemple, le fait de surélever une charge favorise un meilleur alignement postural (moins grande flexion au dos) et diminue le bras de levier (en rapprochant la charge près du corps).

Il arrive aussi que certaines règles se contredisent : un choix s’impose. Le manutentionnaire devra donc « juger » la situation et choisir le meilleur compromis possible : c’est là que la notion de compétence prend tout son sens. Prenons à titre d’exemple, un manutentionnaire qui descend d’une échelle avec une charge. Il privilégie son équilibre en se tenant à la rampe et conserve la charge près de son corps (bras de levier court). Par contre, l’effort est asymétrique (non répartie également des deux côtés du corps) et la prise sur la charge est plus instable. Si la charge est débalancée au cours de la descente, il sera plus difficile de la rattraper car l’effort se fait à une main, à moins qu’il délaisse la rampe pour pouvoir rattraper la charge. À ce moment, c’est l’équilibre corporel du travailleur qui sera davantage instable. Tout est une question de compromis. 
 


    
 

Les huit règles d’action

Règles d’actionDescriptionsExemples
1. Alignement posturalConserver les courbures naturelles du dos.

La colonne vertébrale est conçue et adaptée pour travailler de façon alignée.
 
Surélever la charge constitue un savoir-faire qui peut être lié à plus d’une règle d’action dont l’alignement. Si la boîte n’avait pas été surélevée, le manutentionnaire aurait été davantage penché.
2. Bras de levierCorrespond à la distance entre la charge et le manutentionnaire.Plus la charge est éloignée du corps, plus l’effort est grand. Si la personne soulève la charge à bout de bras (long bras de levier), l’effort sera important.
3. Mise sous chargePériode / durée pendant laquelle la charge est dans les mains.Porter la charge le moins longtemps possible est ce qu’il y a de plus profitable.
Lorsqu'opportun, le manutentionnaire peut décider de lancer la charge (ex : un éboueur lance un sac de déchets pour diminuer le temps de « portée ». 


 
4. Utilisation de la chargeFaire travailler la charge pour soi / utiliser son énergie / travailler de sorte que la gravité nous avantage.Lorsque la hauteur de prise est plus élevée que la hauteur de dépôt, il est possible de laisser-aller la charge du haut vers le bas (en utilisant son énergie). 



 
5. Équilibre corporelÊtre en équilibre et prêt à réagir en cas de déséquilibre. Il y a ici un compromis à faire : être stable et récupérer plus difficilement d’un déséquilibre ou être en équilibre précaire, (ex : faire un transfert de poids) moins stable, mais paré à faire face à un déséquilibre plus facilement.
 
Deux éboueurs qui soulèvent un sac de déchets pesant. Ils privilégieront une base d’appui stable, puis utiliseront leur corps de sorte à mettre à contribution leurs jambes (grosses masses musculaires) pour faciliter l’effort.


6. Utilisation du corpsMettre son corps à profit pour faciliter l’effort (ex : contrepoids, utiliser ses jambes lors de manutention de grosses charges).La jambe arrière sert de contrepoids pour permettre de conserver un bon équilibre tout en se penchant vers l’avant.


 
7. Transition entre la prise et le dépôtManière de parcourir l’espace entre la prise et le dépôt.Le mode continu permet d’avoir la charge le moins longtemps possible dans les mains puisque c’est le trajet le plus court qui est privilégié.




 

8. Rythme du mouvement

Vitesse, fluidité et continuité du geste dans le temps. Éviter les saccades, les bris de rythme / à-coups.
 

Une accélération de la charge trop importante qui force le travailleur à la retenir (par la suite) puisqu’elle a pris trop de vitesse augmente les risques d’accidents et de blessures.
 

 
 

Compétence #2 : Organiser son travail de façon à anticiper des ajustements possibles à la planification initiale

Établir des priorités, déterminer l’ordre des manutentions à faire et planifier / gérer son travail sont des exemples qui illustrent la compétence d’un manutentionnaire à organiser / structurer son travail. Une bonne organisation du travail permet une saine gestion du temps et par le fait même, limite les situations d’urgence (puisqu’elles augmentent les risques de blessures et/ou d’accidents) et permet d’économiser des efforts. Les auteurs ont identifié cinq règles visant à encadrer les activités d’organisation du travail en manutention :
 

  1. Re(manutention) : Éviter de manutentionner des charges inutilement puisque cela requiert davantage d’efforts ;
  2. Marge de manœuvre : Avoir une certaine flexibilité dans le temps (ex : pour pouvoir réagir à des changements / imprévus) pour s’assurer d’avoir le temps de réagir. Les situations d’urgence obligent à réagir rapidement et restreignent les possibilités d’action, c’est pourquoi les marges de manœuvre sont si précieuses ;
  3. Rythme de travail : Conserver un rythme le plus constant / régulier possible. Les cassures de rythme sont à éviter puisqu’elles perturbent et nuisent au travail ;
  4. Déplacement et trajet : Éviter les déplacements inutiles (demande de l’énergie et des efforts supplémentaires) et prévoir les trajets optimaux ;
  5. Répartition des efforts : Bien répartir les efforts dans le quart du travail. Éviter les « rush » et favoriser des périodes de récupération.

PARTIE 2 : RECOMMANDATIONS POUR L’IMPLANTATION DE LA FORMATION


Cette partie décrit comment procéder à l’implantation du programme de formation. Vous en conviendrez que ce n’est pas une approche nouvelle ou réinventée puisqu’elle est inspirée de la démarche d’intervention ergonomique, plus particulièrement de l’ergonomie participative (St-Vincent, 2000). Cette approche place l’apprenant dans un processus d’apprentissage actif, comparativement aux autres plus classiques qui se donnent en classe. « L’acquisition des connaissances passe par la transformation des informations reçues par l’apprenant à travers ses expériences et ses connaissances préalables, ce que l’on désigne généralement comme ses représentations ou préconceptions (Giordan, 2002) ». Il ne faut donc pas oublier que tous les travailleurs ont déjà une certaine expérience et qu’ils ont un vécu. « L’apprenant n’est pas un réceptacle vide que l’on doit remplir ». Il faut donc impliquer les travailleurs dans leur formation afin que celle-ci adhère le plus possible à leur réalité.

Tout au long de l’implantation, on fait appel à un formateur-intervenant. Cette personne est présente pour animer les échanges de groupes au poste de travail. Tel que son appellation le dit, son rôle premier est de former les travailleurs, mais il peut également intervenir sur les autres déterminants pouvant influencer les contraintes subies par les opérateurs. À titre d’exemples, on peut agir sur l’aménagement (hauteurs de prise / dépôt), l’équipement (bénéficier d’un aide à la manutention pour les charges lourdes), l’environnement de travail (ex : adhérence du plancher), etc. Ce point est d’ailleurs expliqué à l’étape 1 de la démarche.

La démarche se divise en trois étapes essentielles.

1. Analyses préliminaires

Valider l’orientation à privilégier, rendre compte des actions réalisées, agir à titre de « facilitateurs » au sein de l’entreprise et suivre l’évolution de la démarche : ce sont les principales fonctions du comité de suivi. Il est composé de manutentionnaires, de représentant(s) syndicaux et des gens responsables de la formation (ex : des ressources humaines). Les auteurs accordent une importance particulière à des rencontres visant à discuter de problèmes qui débordent de la formation et qui ont un impact sur celle-ci.
 

 

Par exemple, la formation ne peut suppléer à des aménagements inadéquats comme les hauteurs de prise et/ou de dépôt trop hautes, trop basses ou à de fortes contraintes d’espace

 

Bien que la formation soit une avenue de prévention de choix, il se peut que les contraintes subies par les travailleurs découlent de l’inadéquation de certains déterminants. S’il y a lieu, le comité peut aborder ces contraintes.

Il faut ensuite analyser le(s) contexte(s) dans lequel / lesquels se déroulent les activités de manutention. Le tout se fait avec une grille déjà conçue (annexe 3 du rapport). Compte tenu de cette analyse, il faut cibler une tâche de manutention ; c’est elle qui fera l’objet de la formation. Par la suite, on procédera à une analyse des façons de faire / méthodes de travail afin d’avoir une bonne connaissance de la réalité des opérateurs concernés (pour cette tâche uniquement). Au besoin, les étapes précédentes pourront être répétées pour d’autres tâches de manutention.


2. Formation participative

En considérant les besoins pour la formation, un groupe sera formé. Ce dernier doit compter tout au plus sept travailleurs à qui la formation est destinée. Pour favoriser l’interaction au sein du groupe, on propose d’opter pour un groupe hétérogène du point de vue de l’expérience (expérimenté, novice), des caractéristiques anthropométriques (grand, petit) et d’intégrer aussi des travailleurs ayant été blessés.

Le programme devra favoriser les échanges entre les manutentionnaires en formation et le formateur-intervenant à partir des savoir-faire déjà existants.

 

La formation vise à « entrer » par les savoir-faire existants / utilisés pour réaliser la tâche de manutention (figure ci-haut). Ainsi, les améliorations / bonifications auront comme point de départ les savoir-faire déjà utilisés. On vise à étudier ces savoir-faire afin d’en discuter en groupe, question de développer un sens autocritique pour que les travailleurs puissent s’analyser entre eux (et ainsi favoriser un certain degré d’autonomie). C’est également un apprentissage social puisque le processus fait appel au partage et à l’échange de points de vue basés sur l’expérience pratique. Ce type de formation se veut être un apprentissage à travers l’action ; elle doit se faire majoritairement au poste de travail. 

Pour sa part, en observant et en discutant des savoir-faire des travailleurs, le formateur-intervenant pourra en faire l’interprétation à l’aide des règles d’action et des règles d’organisation. Grâce à ces règles de « référence », il sera en mesure de juger de la pertinence d’un savoir-faire pour une tâche de manutention donnée. Au besoin, il pourra suggérer certaines améliorations au groupe de sorte à respecter davantage les règles. Bien entendu, le groupe sera à la recherche du meilleur compromis possible.


3. Suivi

Loin d’être à négliger, le suivi a pour but de vérifier l’impact de ce qui a été fait. Est-ce que la formation et les actions mises en place ont donné les résultats escomptés ? A-t-on besoin d’apporter des modifications / ajustements ? Ces questions, aussi pertinentes les unes que les autres, permettent d’avoir une rétroaction sur la formation et sur l’approche utilisée. Les suivis devraient être perçus comme des occasions fort intéressantes d’évoluer et d’acquérir de l’expérience pertinente pour parfaire la formation et son intégration.

Ces trois étapes sont subdivisées en sept actions. 

 


 

Note au lecteur :
Les illustrations sont extraites du rapport formation ainsi que des rapports suivants :

  • Denis, D., Lortie, M., St-Vincent, M., Gonella, M., Plamondon, A., Delisle, A., Tardif, J., Lafond, D. (à paraître). Programme de formation participative en manutention manuelle ; Fondements théoriques et approche proposée. Études et recherches / Rapport, Montréal, IRSST, 126 pages.

  • Denis, D., St-Vincent, M., Gonella, M., Couturier, F., Trudeau, R. (2007). Analyse des stratégies de manutention chez des éboueurs au Québec - Pistes de réflexions pour une formation à la manutention plus adaptée. Études et recherches / Rapport R-527, Montréal, IRSST ; 80 pages.

     
  • Plamondon, A., Denis, D., Bellefeuille, S., Delisle, A., Gonella, M., Pena Salazar, E., Gagnon, D., Larivière, C., St-Vincent, M., Nastasia, I. (2010). Manutention - Comparaison des façons de faire entre les experts et les novices. Études et recherches / Rapport R-663, Montréal, IRSST, 126 pages.

     

Illustration de l’utilisation des règles d’action par des manutentionnaires

En se basant sur les règles d’action mentionnées dans le résumé du rapport formation, il est possible de voir les différences entre les modes opératoires (façons de faire) d’un travailleur expérimenté vs novice.


Expérimenté

  • Les pieds sont ouverts (équilibre) de sorte que la charge parcourt l’espace entre le lieu de prise et de dépôt de la façon la plus directe possible (transition) ;
  • À la prise, le manutentionnaire rapproche la charge de son corps. Une partie de la charge seulement est supportée, de sorte à rapprocher davantage la charge du corps (bras de levier) ;
  • Le travailleur déplace la charge de façon fluide, sans saccade (rythme) ;
  • L’expérimenté dépose le plus rapidement possible en laissant aller la charge (mise sous charge) ;
  • Les mains sont mobiles sur la charge (c.-à-d. qu’il change ses mains de place / les repositionne sur la charge).

Note sur les vidéos: Les lignes situées au haut de l’image représentent les charges au dos (le moment de force à L5/S1).

 

 >Voir la vidéo <


Novice

  • Les pieds sont ouverts (équilibre) de sorte à ce que la charge parcourt l’espace entre le lieu de prise et de dépôt de la façon la plus directe possible (transition) ;
  • À la prise, le manutentionnaire rapproche la charge de son corps, mais elle demeure sur le convoyeur (bras de levier) ;
  • Le novice soulève la charge sur une arrête afin de surélever la hauteur de la prise pour éviter de se pencher encore plus vers l’avant (alignement). Note : cette règle d’action est davantage observée chez des manutentionnaires expérimentés ;
  • Le travailleur déplace la charge de façon moins fluide (rythme) ;
  • Le novice dépose / accompagne la charge jusqu’au bout. Il n’y a pas de pré-dépôt (mise sous charge) ;
  • Les mains du manutentionnaire sont davantage fixes sur la charge.

 

 >Voir la vidéo <

Nouveauté !

Note importante au lecteur  
Les charges au dos comparées correspondent à celles qui sont dans l’encadré rouge.  

Si l’on porte attention aux lignes de force (courbe rose) au-dessus des images, on constate que, dans le cas de l’expérimenté, il y a un seul « peak » correspondant à la prise. Pour sa part, le novice présente deux « peak » correspondant à la prise et au dépôt. Voici ce qui peut expliquer les différences entre le novice et l’expérimenté :

À la prise

  • Le novice est davantage face à la charge vs le corps de l’expérimenté est davantage orienté à mi-chemin entre la prise et le dépôt. La transition de l’expérimenté est ainsi plus directe. Par conséquent, le manutentionnaire supporte la charge moins longtemps dans ses mains ;
  • L’expérimenté rapproche davantage la charge (une partie de celle-ci est supportée alors que l’autre est dans le vide) et génère une accélération pour augmenter le momentum (la vitesse) de la charge. Ce momentum servira à accompagner plutôt qu’à supporter la boîte tout au long de la phase d’envol.

     

 

 NoviceExpérimenté
Prise
 
 

 
 

 

 

Au dépôt

  • Le novice privilégie un type de dépôt complet (aller porter la charge jusqu’au bout) alors que l’expérimenté l’accompagne en gardant une prise flexible (juste avant de déposer, les mains guident la charge ; elles ne supportent plus le poids de la charge). Par conséquent, l’expérimenté dépose plus rapidement (la mise sous charge est alors moins longue). Pour sa part, le novice supporte la charge jusqu’à ce qu’il la dépose. Il doit ainsi s’étirer pour aller la porter (au lieu de la laisser-aller comme le fait l’expérimenté) ;
  • Le mouvement de l’expérimenté est davantage en mode continu et ne présente pas de saccade ou bris de rythme ; le mouvement est davantage fluide. Ainsi, le temps pendant lequel l’expérimenté supporte le poids de la charge est inférieur à celui du novice.

 

 NoviceExpérimenté
Prise
  
 
  
 

 
Mise en garde : Dans cet exemple, le manutentionnaire novice a utilisé une technique d’expérimenté pour lequel il n’avait pas nécessairement les habiletés techniques. Ce n’est pas une technique de manutention recommandée en début d’apprentissage et, comme dans n’importe quelle activité, certaines techniques nécessitent des apprentissages de longue durée et personnalisés.
 

 

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