Trois nouvelles rubriques dans le volet "Formation de la section Intervenir ;

•  Démarche ergonomique
•  Pousser-tirer
•  Santé psychologique

Dans la section Évaluation des risques, consultez la nouvelle rubrique sur la Grille d'analyse en manutention

Nouveau rapport de recherche Comparaison des façons de faire entre les experts et les novices

Nouvelle section Comparaison expert/novice, 40 photos et vidéos.

COLLOQUE MANUTENTION
Présentations des conférenciers disponibles en ligne.
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Mise à jour du site : Janvier 2011

 

    Foire aux questions

    Analyse et diagnostic 

    Si l’on veut réduire les risques en manutention, il faut miser sur trois points importants : réduire la charge de travail, adapter l’environnement et former les travailleurs. Si l’on désire réellement réduire, voire éliminer les risques, ces trois points seront privilégiés dans la démarche puisqu’ils forment un tout. En considération chacun d’eux, le problème sera résolu et non pas transféré ou transformé en de nouveaux problèmes.

    Voir la section intervention ergonomique.

    Toute intervention débute par la création d’un comité de travail composé de personnes compétentes et en mesure d’effectuer des changements (spécialistes en ergonomie, membres de la direction, du syndicat et du personnel).
    Ce comité doit suivre un cheminement spécifique qui consiste à :

    1. déterminer quels sont les problèmes,

    2. analyser ces problèmes,

    3. élaborer des solutions,

    4. implanter ces solutions et

    5. assurer un suivi.

    Afin de poser un diagnostic, le comité de travail doit établir quels sont les facteurs de risque, évaluer leur importance respective et prioriser un ordre d’intervention.
    Des outils d’évaluation s’imposent pour mener à bien cette tâche.
     

    Il existe quatre grandes catégories d’outils d’évaluation allant de simples listes à des méthodes plus complexes.

    Listes de contrôle simples : listes de risques à cocher afin de déterminer si une évaluation plus poussée s’impose.

    Listes de contrôle documentées : listes dont les critères et les paramètres sont expliqués afin de fournir des balises pour une évaluation valide.

    Méthodes d’analyse des risques : méthodes décomposant les tâches afin d’établir un seuil de charge sécuritaire, utilisées pour concevoir de nouveaux postes ou évaluer des postes existants.

    Tables de pourcentage : tables indiquant quel pourcentage d’une population de travailleurs est en mesure d’effectuer une tâche de référence de façon régulière dans un journée de travail.

    Trois méthodes se distinguent pour analyser une situation à risque : les approches biomécanique, physiologique et psychophysique. En règle générale, une diminution de la charge (approche biomécanique), une diminution de la fatigue (approche physiologique) ou l’adoption d’un chargement maximum (approche psychophysique) protège les travailleurs.

    Les études de cas ci-dessous permettent de se familiariser avec des solutions adaptées à des situations spécifiques.

    http://www.ohiobwc.com/employer/programs/safety/EmpGrants.asp
    En anglais. Présente sous la rubrique Preliminary results of the CTD grant program une série de publications par secteur. À la fin de chaque publication sont présentées des études de cas.

    http://www.mhia.org/et/et_case_studies.cfm - ease
    En anglais. Présente à l’aide d’un menu déroulant une grande variété d’études de cas, par secteur et par fabricant d’équipement de manutention ou de sécurité.

    http://www.mmh.com/index.asp?layout=resourceMain&referral_center_id=86
    En anglais. Cliquer sur Case study dans le menu déroulant. L’information est transmise après inscription.

    http://www.osh.dol.govt.nz/order/catalogue/pdf/manmanuf.pdf
    En anglais. Publication généraliste en format pdf.

    http://www.hse.gov.uk/pubns/indg398.pdf
    En anglais. Publication généraliste en format pdf.

    http://www.acrodnsw.net/DSOP/links/manual_handling_resource_1306%5B1%5D.pdf
    En anglais. Publication présentant 32 études de cas ainsi qu’une section plus générale sur la manutention sécuritaire.

    Il s’agit de la question la plus fréquente et, malgré tout, il n’existe pas de réponse claire à ce sujet. La charge maximale qu’une personne peut soulever dépend de nombreux facteurs comme l’âge, le sexe, la capacité physique de la personne, le type de tâche et l’environnement de travail. Par exemple, le fait de soulever une caisse à partir du sol ou encore à partir de la taille fait une énorme différence. C’est le cas également d’une charge qui est disposée à proximité ou loin du corps. Pensez aux sacs d’épicerie que vous rangez dans le coffre de votre auto. Ils semblent plus lourds en raison de la distance qui vous sépare des sacs. Il est donc clair que le poids n’est pas le seul facteur à considérer. Toutefois, le fait d’alléger une charge permet tout au moins de réduire les contraintes au dos. En 1988, l’International Labour Office (ILO, 1988) a publié une liste des charges maximales prescrites à travers le monde. Sur cette liste, les limites varient d’aussi lourd que 100 kg (Grèce : pour un travailleur masculin oeuvrant dans le transport des viandes d’abattoir) à aussi peu que 3 kg (Pologne : pour des adolescentes de moins de 16 ans). La valeur limite moyenne se trouvait autour de 45 kg et de 20 kg pour respectivement un travailleur adulte masculin et féminin. Plusieurs organismes de prévention des blessures au dos suggèrent que, pour la majorité de travailleurs (90 %), la charge maximale (dans des conditions optimales de manutention) qu’un individu peut soulever devrait se situer entre 20 et 25 kg. On retrouve également de plus en plus de normes de charge maximale adoptées par certains pays. Le tableau ci-dessous présente une liste de ces organisations qui fixent des limites de chargement maximum.

    La norme ISO 11228-1 propose une approche étape par étape pour évaluer des risques et l’utilisateur y est guidé à l’aide d’un algorithme de décision. Une masse de référence (variant de 15 à 40 kg selon le groupe de population) est modifiée par l’application de différents facteurs. Une équation similaire à celle de NIOSH est utilisée pour établir la masse qui peut être déplacée sans risque de lésion. Les facteurs comprennent, entre autres, la fréquence des manutentions verticales en fonction du poids des objets manutentionnés et le cumul de la masse au cours du quart de travail. Ce dernier peut être exprimé en kg/minute (risque à court terme), en kg/heure (risque à moyen terme) et en kg/8 heures (risque à long terme). Certains de ces facteurs sont établis à partir de calculs simples effectués sur des paramètres de la tâche, ou sont proposés sous forme de tables ou d’abaques.

    La norme ISO 11228-1 (2003) intègre les fondements de l’équation de NIOSH dans une démarche qui tient compte du cumul temporel des charges manutentionnées et de la distance parcourue en tenant la charge. Elle préconise également une approche ergonomique pour l’évaluation et la transformation des tâches de manutention.
     

    Organismes 
    NIOSH

    Équation qui fixe une limite maximale de charge à partir de paramètre tel que la distance horizontale et verticale.

    Site : http://www.cdc.gov/niosh/docs/94-110/

    Liberty Mutual

    Tables psychophysiques qui déterminent le pourcentage de travailleurs capable de soulever une charge en fonction de la fréquence de manutention et du déplacement (verticale et horizontale) de la charge.

    Site : http://libertymmhtables.libertymutual.com/CM_LMTablesWeb/pdf/LibertyMutualTables.pdf

    Norme
    ISO
    11228-1

    Équation (similaire à celle du NIOSH) qui permet d’établir les limites quant à la charge pouvant être déplacée sans risque de lésion.


    Site : http://www.iso.org/iso/fr/iso_catalogue/catalogue_tc/catalogue_detail.htm?csnumber=26520


     

    La mesure ergonomique la plus fréquente consiste à diminuer la charge de manière à réduire les risques de blessure. Par exemple, une compagnie peut décider de modifier ses contenants de manière à faire passer la charge de 20 kg à 10 kg afin de diminuer les risques de blessures au dos chez ses manutentionnaires. Toutefois, cette mesure peut entraîner alors une augmentation de la fréquence de manutention et faire en sorte que le tonnage journalier reste le même c’est-à-dire : Avant : 20 kg x 500 fois/ jour = 10, 000 kg/jour Après : 10 kg x 1000 fois/ jour = 10, 000 kg/jour Par conséquent, la charge cumulée (exposition journalière : kg/jour) reste la même; la mesure de prévention a donc peu de chance d’être efficace. Il n’y a pas de solution miracle à ce problème. Idéalement, il faudrait réduire l’exposition journalière (kg/jour). Toutefois, il demeure que lorsque la charge est très élevée (au-delà de 40 kg), il est essentiel de la réduire même si ce geste occasionne une augmentation de la fréquence (respect du critère biomécanique; voir plus haut). De la même façon, lorsque cette charge est très faible (1 à 2 kg), il est préférable de l’augmenter et de réduire plutôt la fréquence de manutention (respect du critère physiologique; voir plus haut). La solution est moins évidente pour des charges de 10 à 20 kg. Selon le contexte de travail, il faut considérer que la fréquence a généralement plus d’impact sur la fatigue physique générale que le poids de l’objet manutentionné, car à chaque fois qu’un objet est soulevé du sol, le corps doit d’abord être abaissé pour ensuite être relevé. Toutefois, les tables psychophysiques ne permettent pas d’ajuster adéquatement le rapport entre le poids de la caisse et la fréquence de manutention parce que le poids est perçu par les travailleurs comme étant plus important que la fréquence de manutention (Karwowski et al., 1999). Par conséquent, il existe un biais avec ces tables (augmentation de la charge cumulée avec une augmentation de la fréquence)lorsque la fréquence de manutention dépasse de 6 à 8 manutentions/ min et c’est la raison pour laquelle les tables psychophysiques doivent être utilisées avec prudence.

    Les efforts en poussé devraient être privilégiés comparativement aux efforts de traction pour diverses raisons :
     

    • En poussant, il est possible d’utiliser le poids du corps (i.e. l’incliner vers l’avant) tout en conservant le dos droit ;
    • Le fait de contracter les abdominaux (principe de gainage), permet de garder les structures de la colonne vertébrale alignée et par conséquent, protège le dos ;
    • Lors des efforts en poussé, il est possible de voit où le manutentionnaire se dirige, comparativement à lorsqu’on tire ;
    • Le manutentionnaire peut déplacer ses pieds sans être gêné par le chariot. En contre partie, lorsqu’une personne tire une charge, ses pieds se retrouvent souvent sous le chariot et cela présente davantage de difficultés (ex : risque de chute / de s’enfarger, etc.).

    Pour de plus amples détails, vous pouvez consulter la section pousser-tirer.  
     

    Blessures

    Cette articulation se situe entre la dernière vertèbre lombaire et la première vertèbre sacrée. C’est à cette articulation que l’on mesure les charges au dos (moment de force) les plus élevés lors d’activités de manutention.

    Selon les statistiques de 2006-2009 de la CSST, 60% des cas d’affectations vertébrales touche la région lombaire (L1 à L5). Durant cette même période, la région lombo-sacrée (c.-à-d. celle entre la dernière vertèbre lombaire (L5) et la première sacrée (S1) était le siège de lésion correspondant au premier ou deuxième rang en termes de plus longue durée moyenne d’indemnisation. C’est donc dire que les lésions de la région lombo-sacrée représente la durée d’indemnisation la plus longue, ou la 2e plus longue.
     

    Les entorses, déchirures et foulures représentent 89,4 % des lésions au dos recensées parmi les groupes professionnels les plus à risque. Les hernies discales quant à elles ne représentent que 0,8 % des lésions en question. Les autres types de blessures comprennent les lombalgies, les lumbagos et les douleurs au dos. Lorsqu’il y a blessure, on parle de « troubles musculosquelettiques » (TMS) qui résultent d’une surcharge ou d’un mouvement de nature répétitive. Les TMS ne comprennent pas les blessures dues à une chute ou à une collision.

    On ne connaît pas vraiment les causes des lésions au dos mais on soupçonne que l’effort excessif est une cause probable. Pour simplifier le classement des données statistiques on regroupe sous cette appellation un grand nombre d’incidents liés à la manutention. Ainsi « l’effort fait par le travailleur » est la catégorie dans laquelle le nombre de lésions est le plus fréquent.

    L’une des hypothèses principales sur laquelle se fonde la recherche pour expliquer la cause des maux de dos est le chargement subi par la colonne lors d’efforts de travail. Selon le National Research Council (2001), il existe une relation claire entre les lésions au dos et la charge mécanique imposée lors de travail de manutention. Ainsi, la charge mécanique sera tolérée dans la mesure où la capacité des tissus sera suffisante pour résister aux surcharges ou encore pour s’adapter à des charges internes de nature continue. Dans le cas contraire où les charges internes excèdent la capacité de l’individu ou l’habileté de ce dernier à s’adapter, il y aura rupture ou fatigue des tissus qui résulteront en des douleurs et des inconforts pour finalement mener la personne à une incapacité fonctionnelle (National Research Council, 2001).

    Cette relation entre les lésions au dos et la charge mécanique a récemment été mise à l’épreuve dans une série de revues systématiques des périodiques "Spine" et "Spine Journal". Ainsi, Bakker et al. (2009) ont effectué une revue de littérature en incluant seulement des études prospectives qui évaluaient la relation entre le chargement mécanique au dos et les maux de dos chez des sujets qui à la base ne devaient pas souffrir de maux de dos. Parti au départ de 4487 publications sur le sujet, les auteurs ne retirent que 18 études à partir de critères stricts. Ils conclurent sur la base de ces études que l’association entre les maux de dos et le travail physique intense (caractéristique d’un chargement mécanique élevé) était d’évidence conflictuelle, c’est-à-dire que pour certaines études, cette association était démontrée tandis que pour d’autres elle ne l’était pas. Cette même conclusion se retrouve dans une série d’articles de « Spine Journal » qui estime que généralement la relation entre les maux de dos et la manutention (« occupational lifting »; Wai et al., 2010), les postures contraignantes (Roffey et al., 2010a) ainsi que la flexion ou la torsion du tronc (Wai et al., 2010a) n’est pas démontrée de manière significative. De prime abord, on pourrait penser que ces articles remettent en question toutes les hypothèses sur lesquelles se fondent l’ergonomie ou encore la biomécanique pour expliquer les causes des troubles musculosquelettiques (TMS). Cependant, ces revues systématiques sont basées sur des études dont l’exposition physique (ou mécanique) est évaluée de manière beaucoup trop grossière, ce qui réduit les chances de bien documenter la dose-réponse. Les deux seules études qui ont recueillies des mesures directes pour estimer les chargements en milieu de travail ont toutes deux démontrées une forte association entre les facteurs biomécaniques et les risques de lésions au dos (Marras et al., 1995; Norman et al., 1998). Marras et al. (2010a et 2010b) ont récemment récidivés, avec une technologie portable plus avancée, en démontrant que lorsque les facteurs de risque sont documentés de manière plus quantitative, il est plus facile de trouver des relations entre les maux de dos et ces facteurs de risque. D'ailleurs, ces auteurs suggèrent qu’avec des moyens appropriés pour quantifier l’exposition physique (tel un dosimètre des moments de force lombaires), il est possible d’identifier les facteurs physiques dynamiques responsables d’une réduction de la fonctionnalité du rachis et d’une augmentation des maux de dos. 

    Équipement de protection

    Le port d’équipement de protection doit être considéré en dernier recours. Un tel équipement n’élimine pas les dangers et a le désavantage de donner un sentiment de sécurité à celui qui le porte. De plus, il ne réduit pas significativement la plupart des risques de blessures.

    Formation

    Depuis 2007 maintenant, plusieurs revues de littérature systématiques ont remis en question l’efficacité des programmes de formation à prévenir les lésions au dos. Mentionnons entre autres les revues de Haslam et al.(2007), de Martimo et al. (2007) et récemment celle de Clemes et al. (2010) (publication similaire à celle de Haslam et al., 2007). En somme ces revues concluent que les programmes de formation en manutention sont inefficaces à réduire les maux de dos ou encore les blessures au dos. Il n’est pas surprenant que ces revues arrivent à cette conclusion. D’ailleurs plusieurs auteurs avaient indiqué que les techniques enseignées dans les programmes de formation n’étaient pas utilisées dans les milieux de travail (Baril-Gingras et Lortie, 1995; Kuorinka et coll., 1994; Lortie et Baril-Gingras, 1998; St-Vincent et Tellier, 1989; Chaffin et coll., 1986; Garg et Saxena, 1985) et que ce type d’intervention (formations) était inefficace pour la prévention des blessures (Kroemer, 1992). Avant de conclure définitivement que toute intervention de ce type est vouée à l’échec, il faut se demander pourquoi cela n’a pas fonctionné. L’observation des manutentionnaires d’expérience alimente actuellement la formation. On constate que ceux-ci font appel à certains principes de manutention apparaissent moins vulnérables aux troubles musculosquelettiques (TMS). L’accent devrait être mis sur certains principes de base éprouvés par ces experts.

    Pour consulter le résumé de l’IRSST concernant les fondements théoriques et l’approche proposée pour assurer une formation à la manutention manuelle qui adhèrerait à la réalité des manutentionnaires, cliquez ici.
     

    Huit règles d’action (ou principes de manutention) ont été élaborées à partir d’un tout nouveau programme de formation visant à développer deux compétences jugées essentielles au travail de manutentionnaire. Vous pouvez vous référer au résumé du programme de formation pour avoir de plus amples informations quant aux règles d’action. Ces règles guident l’action et permettent d’avoir un regard plus intégrateur puisqu’elles font ressortir les diverses préoccupations des manutentionnaires tel que la réduction des efforts, la mobilité vs la stabilité des pieds, l’utilisation de l’énergie accumulée par la charge au lieu de la retenir, etc.

    À l’aide de bandes vidéo, six manutentionnaires (trois expérimentés et trois novices) ont été observés. Cette étude exploratoire visait à observer les manutentionnaires à travers les règles d’action. Trois tâches différentes ont été observées, pour un total de 274 manutentions.

    Les règles d’action ont permis de distinguer les expérimentés des novices : les expérimentés semblent mieux respecter ces règles et effectuent des meilleurs choix quant aux savoir-faire en fonction de la situation de travail.

    Somme toute, « les règles d’action semblent offrir plusieurs avantages : aider à élargir le regard au-delà de la notion posturale, mieux comprendre les compromis effectués par les manutentionnaires qui s’éloignent de la prescription – de la bonne méthode applicable en tout temps – et développer un vocabulaire élargi pour mieux communiquer avec les manutentionnaires » (Gonella et al, 2010).
     

    Oui, la grille d’analyse des contextes de manutention est actuellement en cours de validation et est à paraître. Elle a été développée dans le cadre de l’élaboration d’un programme de formation à la manutention. En utilisant cet outil, on vise à implanter un programme de formation mieux / plus adapté aux situations de manutention (qui tient compte du travail réel comparativement au travail prescrit). En complétant la grille, trois objectifs pourront être atteints :

    1. Mieux comprendre les activités de manutention ;
    2. Dégager de grandes orientations pour la formation à la manutention ;
    3. Identifier sur quels éléments il pourrait y avoir des transformations.

    Une étude visant à comparer quatre techniques de soulèvement de charge, spécifiquement celles trop grosses pour être soulevées entre les genoux, a été réalisée auprès de 11 hommes en santé. Les méthodes « squat », « stoop », « libre » et une dernière se rapportant à l’haltérophilie (base d’appui très large, dos droit sans nécessairement être à la verticale et genoux modérément fléchis) ont été expérimentées en laboratoire spécifiquement lors de manutention manuelle de charges volumineuses (Kingma et al., 2010). Les résultats ont démontré que soulever du sol une grosse caisse / boîte (plus volumineuse que la largeur des genoux) résultait en des charges élevées sur la colonne vertébrale et ce, peu importe la technique utilisée. Par contre lorsque cette caisse était soulevée à partir de poignées d’une hauteur de 34 cm, la technique dite « haltérophile » réduisait les contraintes au dos en raison principalement d’une réduction de la distance horizontale entre la caisse et le dos. Une technique (non évaluée dans le cadre de cette étude) consiste à incliner la boîte sur ses rebords de manière à la soulever d’un certain angle ce qui facilite non seulement le levage mais aussi le rapprochement de la caisse du corps. (voir la section « recherche : comparaison expert/novice » )

    Une autre étude a démontré que le fait de répartir le poids de la charge en deux, de sorte à avoir une charge de chaque côté du corps, permet de réduire la charge au dos substantiellement. À cet effet, les résultats démontrent une réduction (entre 8 et 32%) du sommet des forces de compression à l’articulation L5/S1 (Faber, Kingma, Bakker, Dieen, 2009). Ceci est probablement dû au fait que la distance horizontale entre l’individu et la charge est moindre.

    Il ne fait pas de doute que les exercices de force et d’endurance musculaires améliorent la capacité physique des personnes qui ont pratiqué ces exercices sur une durée suffisante (Genaidy et al., 1990; Genaidy, 1991; Genaidy et al., 1992; Knapik and Sharp, 1998; Knapik, 1997; Sharp and Legg, 1988; Williams and Rayson, 2006). Généralement, ces exercices doivent être spécifiques à l’activité de manutention si l’on désire améliorer les performances physiques dans cette activité. Toutefois, malgré le fait que l’on observe une amélioration de la capacité physique des individus à la suite d’un entraînement musculaire, il n’y aucune donnée statistique qui démontrent l’efficacité d’un programme d’exercice à réduire l’incidence des blessures au dos. Quoiqu’il est logique de penser qu’un programme de musculation ou de conditionnement physique ne peut en général qu’être positif sur le plan de la santé générale d’un travailleur, actuellement on ne peut prédire avec certitude qu’un tel programme aura un impact sur les blessures musculo-squelettiques.

    Les individus ayant une force relative au dos supérieure à celle de leurs genoux ont tendance à utiliser une technique de soulèvement qui implique davantage le dos et vice-versa. Ceci suggère que la force musculaire est un facteur déterminant de la stratégie utilisée lors de soulèvement de charge. Un résultat intéressant, près de 60% des hommes ont utilisé la technique qui utilise le dos, tandis que 77% des femmes, celle qui favorise la flexion des genoux. (Li, K., Zhang, X.,2009). Si l’on se fie aux travaux de Puniello et al., (2001), Zhang and Buhr (2002) et Zhu and Zhang (1990), il semble bien que la force détermine la stratégie de manutention Lorsque des sujets avaient moins de force dans les jambes, ils avaient tendance à utiliser une technique dos fléchie (stoop) plus fréquemment. Toutefois, dans l’étude sur la comparaison expert/novice de l’IRSST (voir section « recherche : Comparaison expert/novice), il n’y avait pas de différence significative dans la force (dos et jambes) entre les deux groupes de sujets. Par conséquent, la technique de manutention ne peut pas s’expliquer seulement par la force des manutentionnaires.

    Certains auteurs ont démontré que la capacité de levage dépendait de la force maximale (soit force composite, des jambes ou du tronc) (Chaffin et al., 1978; Garg et al., 1980; Poulsen, 1981; Pytel and Kamon, 1981; Wilmarth and Herekar, 1991; Aghazadeh, 1985; Lee and Chen, 1996). Il faut toutefois faire attention, de quelle capacité de levage parle-t-on? Capacité maximale, capacité acceptable sur 8 heures? Levage maximal ou psychophysique test? Autres points majeurs : type de test physique c’est-à-dire test statique, dynamique, isocinétique, isoinertiel ? Type de levage : squat, stoop, free ? Force globale, force locale jambe, force locale dos? Levage symétrique vs asymétrique? Dans un excellent article, Garg et al. (1980) démontrent toute la complexité de prédiction d’un levage dynamique à partir de tests statiques. Seul un test statique (levage de boîte dans la posture d’origine : semi-squat) expliquait suffisamment de variances, mais généralement le MVC n’était pas une bonne variable dans la prédiction de la capacité de levage. Pytel and Kamon (1981) ont mieux réussi avec des tests quasi isocinétique. Le levage maximal s’effectuait à partir d’une technique squat et deux tests isocinétique en particulier (squat et stoop à 0.73 m/s) ont pu atteindre des corrélations élevées (homme squat : 0.87 stoop : 0.54; femme squat : 0.92 stoop : 0.96). En somme, on peut prédire la capacité de levage, mais il faut être très spécifique.

    Plusieurs revues indiquent que la recherche est encore loin d’apporter des réponses claires quant à la "la technique idéale" en manutention (Burgess-Limerick, 2003; Hsiang et al., 1997; Straker, 2003a; Straker, 2002; Straker, 2003b; van Dieen et al., 1999). Certains chercheurs (Burgess-Limerick, 2003; Gagnon, 2003; Kuorinka et al., 1994) s’interrogent même à savoir si on ne se trompe pas en cherchant "la technique idéale". Un constat est qu’il n’existe probablement pas « une technique », mais plutôt un ensemble de techniques et que celles-ci dépendent du contexte de travail et nécessairement du travailleur (Authier and Lortie, 1993; Kuorinka et al., 1994; Parnianpour et al., 1987; Sullivan, 1995). Ceci étant dit, il demeure que la technique "squat" a certains avantages sécuritaires sur la technique "stoop" (tronc fléchi, jambe tendue). Un premier avantage, c’est qu’en gardant le dos dans une posture neutre (colonne ni en flexion ou ni en extension), on stabilise la colonne vertébrale par une contraction des muscles du dos et par conséquent on réduit les chances d’une instabilité des vertèbres dans un mouvement non contrôlé (McGill,2002). Un autre avantage, c’est que dans un squat, les tissus passifs (ligaments en particulier) sont moins étirés les mettant moins à risque d’une déchirure par élongation (McGill, 2002; Straker, 2003b). De plus, les forces en cisaillement (forces antéro-postérieures) apparaissent plus faibles dans un "squat" que dans un "stoop" ce qui réduit les contraintes sur les disques avec des forces pour lesquelles les structures sont moins résistantes (les disques sont conçus pour mieux résister des forces en compression) (McGill, 2002). Également, la résistance des disques apparaît supérieure dans une posture neutre ou de flexion modérée par rapport à une flexion du tronc prononcée (Adams et al., 1994; Gunning et al., 2001). Toutefois, McGill (2002) souligne que l’important n’est pas de conserver le dos droit vertical, mais de maintenir la colonne dans une posture neutre pour éviter les postures extrêmes et de favoriser une flexion des hanches pour incliner le tronc. L’objectif est d’élever la charge avec les muscles de la hanche et des jambes et de figer la colonne vertébrale dans une posture neutre.

    Dans une étude récente de l’IRSST (voir section « recherche : Comparaison expert/novice), les résultats ont démontré que les experts ont été significativement différents des novices en regard de la posture qu’ils adoptent lors de la pratique de la manutention. Ainsi les experts ont été moins fléchi dans la région lombaire que les novices mais le chargement lombaire n’a pas généralement été significativement différent entre les deux groupes de sujets. Il a été observé également que les manutentionnaires experts se démarquaient des novices en adoptant plus fréquemment des façons de faire reconnues pour leur valeur sécuritaire. En regard des résultats obtenus, il est recommandé de porter une attention particulière à la région lombaire lors d’activités de manutention. Ainsi, les experts se sont donné une marge de manœuvre en évitant de fléchir de manière excessive la région lombaire et ont plié plus les genoux que les novices. Il ne s’agit pas ici de revenir au principe « dos-droit genoux fléchis » mais plutôt d’éviter de trop fléchir le dos. Les manutentionnaires devraient être plus proches des charges qu’ils manipulent et pour cela ne devraient pas hésiter à approcher la caisse et à fléchir les genoux lorsque la caisse est au sol. Enfin, il n’existe pas de « technique idéale » ou « de recettes clés en main » car d’autres contextes de travail imposent d’autres types de façons de faire. L’application de principes de manutention qui guident le manutentionnaire dans sa pratique de tous les jours est une avenue que nous privilégions par rapport à celle qui consiste à imposer des techniques de travail aux manutentionnaires sans égard au contexte de travail.
     

    Lois et réglementation

    Voici une revue non exhaustive de certaines lois et de certains règlements, selon les régions où ils s’appliquent :

    Au Québec (loi provinciale)

    En Ontario (loi provinciale)

    Au Canada (loi fédérale)

    Aux États-Unis d’Amérique

    En Europe : France et Royaume-Uni

    En Australie

    En Nouvelle-Zélande

    Les organismes de normalisation

    Mesures de contrôle

    Les mesures de contrôle des risques sont innombrables et varient selon la situation.

    Sur le plan ergonomique, il faut viser l’élimination du risque à la source. Qu’il s’agisse de la conception d’un nouveau poste ou de l’amélioration d’un poste existant, ces principes de base doivent être respectés :

    Facteurs de risque Solutions
    Travail de manutention
    • Éliminer le travail de manutention par automatisation
    • Diminuer la hauteur de levage et la distance de prise et de dépôt en rapprochant les charges
    • Réduire les charges excessives
    • Réduire la fréquence de manutention
    Mouvements fréquents de flexion et de torsion
    • Réduire l'exposition aux mouvements de flexion et de torsion
    • Ajuster la hauteur de travail
    • Modifier l’emplacement des objets pour réduire la torsion
    Travail physique intense
    • Éliminer le travail physique intense
    • Modifier l’exposition en intensité, en fréquence et en durée
    • Réduire les forces de levage, de poussée et de tirage
    Travail en posture statique
    • • Modifier le poste de travail pour réduire le maintien d’une posture statique
    Mouvements répétés
    • Éliminer le travail de manutention par automatisation
    • Réduire la fréquence de manutention

    Sur le plan administratif, il est possible de limiter les facteurs de risques en modifiant certaines caractéristiques de l’organisation du travail. De nombreux aspects de l’organisation peuvent être touchés :

    Sur le plan comportemental, il est essentiel d’offrir une formation allant au-delà des techniques de manutention, afin de conscientiser les travailleurs et les cadres aux facteurs de risques et de leur permettre d’acquérir des attitudes et des comportements sécuritaires. Par ailleurs, ce programme doit s’inscrire dans un processus global de gestion des risques, qui inclut aussi des changements d’ordre technique et organisationnel.

    Population à risque

    Certaines catégories d’emploi sont plus touchées que d’autres par les lésions dorsales.
    À eux seuls, les travailleurs des catégories « manuel » et « mixte » sont victimes de plus de la moitié (55 %) des accidents indemnisés pour des lésions au dos lorsque la cause de l’accident est l’effort.

    Pas moins de 91 groupes de professions subissent des lésions au dos dues à l’effort. Certains groupes professionnels sont toutefois plus touchés que d’autres, soit en fréquence, soit en pourcentage. Les manutentionnaires et le personnel spécialisé et auxiliaire des soins infirmiers sont les plus touchés, mais on y trouve aussi des vendeurs, des sténographes, des trappeurs, des exploitants agricoles, des architectes, des ingénieurs et même un membre du clergé. À eux seuls, les 11 groupes professionnels en tête de liste totalisent 40,3 % du total de ce type de lésions.

    Les jeunes sont particulièrement sujets aux lésions au dos dues à l’effort. Il en est de même pour les femmes dans certaines professions. Les jeunes et les femmes sont surreprésentés dans la plupart des groupes professionnels les plus à risque.

    Recherche

    Depuis sa création, l’IRSST s’est penché sur les risques liés à la manutention manuelle. C’est en étudiant la manutention en milieu hospitalier et la manutention en milieu industriel que l’équipe de chercheurs de l’IRSST a tout d’abord appréhendé le sujet. Consulter la liste des projets de recherche terminés.

    L’IRSST a mis sur pied une programmation de recherche portant sur la manutention qui repose sur de nombreux projets de recherche et de nombreux chercheurs. Cette programmation a notamment pour objectif d’établir un guide à la manutention et un programme de formation à la manutention. À la base, on suppose qu’il existe une relation entre le travail de manutention et les risques de lésions au dos et qu’une structure est endommagée lorsque la charge imposée sur celle-ci excède sa tolérance mécanique. La charge mécanique est donc considérée comme une des causes principales des troubles musculosquelettiques (TMS).

    Les nouvelles recherches dans le monde se penchent notamment sur l’efficacité des programmes de formation en manutention.

    Secteurs d’activité

    De par leur nature, certains groupes professionnels se retrouvent dans des secteurs d’activité économique spécifiques et la fréquence des lésions au dos dues à l’effort dans ces secteurs varie en conséquence. Les services de santé et services sociaux, les industries alimentaires, les commerces de détail des aliments, boissons, médicaments ou tabac, les transports, les industries de la fabrication des produits métalliques sont les secteurs les plus touchés. Ces cinq secteurs représentent à eux seuls 42,1 % des lésions au dos dues à l’effort. 

    Nouveautés

    En participant au "Réseau d'échange sur la manutention" qui permet de partager des idées, des expériences et des solutions. Pour devenir membre, il suffit d'envoyer un courriel à reseau.manutention@irsst.qc.ca


     

     

     

     

     
     
     
     
     
     

     

     

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