Ce projet de
recherche vise à mieux comprendre le développement de l'état de stress post-traumatique
(ÉSPT), à la suite d'un accident de travail, par l'étude des facteurs de risque et de protection qui
y sont associés. Il provient d'une demande du milieu policier où les travailleurs sont
fréquemment exposés à des événements traumatiques (ÉT). Les chercheurs posent l'hypothèse
que les facteurs péri et post-traumatiques pourront mieux expliquer le développement de l'ÉSPT
et l'adaptation aux ÉT vécus par le personnel exposé que les facteurs pré-traumatiques. Cette
étude est originale, car elle s'intéresse aux facteurs de protection peu étudiés, fait la distinction
entre trois niveaux de facteurs (pré, péri et post-traumatiques) et porte sur des policiers
québécois. Elle est inédite, car elle inclut autant des hommes que des femmes et elle comprend
un volet rétrospectif et un volet prospectif complémentaire et essentiel à une meilleure
compréhension des facteurs prévisionnels de l'ÉSPT. Le présent rapport de recherche présente
principalement les résultats du volet prospectif, mais il fait le lien avec les données obtenues
dans le rapport de recherche rétrospectif.
Quatre-vingt-trois policiers du Service de Police de la Ville de Montréal
(SPVM) et d'autres corps policiers ont pris part, sur une base volontaire, à l'étude prospective à
mesures répétées (devis quasi-expérimental). Ils ont tous été impliqués dans un événement
majeur entre les mois de mai 2006 et mai 2010. Ils ont été évalués en moyenne entre 5 et 15
jours, 1 mois, 3 mois et 12 mois après l'événement. Les mêmes instruments de mesure que lors
de l'étude rétrospective ont été utilisés. Des entrevues semi-structurées ainsi que des
questionnaires auto-rapportés ont été utilisés afin de déterminer la présence ou non d'un ÉSPT et
d'évaluer divers facteurs prévisionnels associés au développement de ce trouble. Les instruments
ont été choisis pour leurs qualités psychométriques et cliniques et parce qu'ils permettent de
tester adéquatement les hypothèses de recherche. Des analyses statistiques multivariées ont
contribué à préciser les principaux facteurs prévisionnels en jeu et la force de leur impact sur la
modulation de l'ÉSPT.
Les résultats de l'étude prospective démontrent que 3 % des policiers ont souffert
d'un ÉSPT clinique, alors que 9 % ont vécu un ÉSTP partiel. Par contre, les données provenant
de l'étude rétrospective montrent que 7,6 % des policiers de l'échantillon ont souffert d'un ÉSPT
clinique, alors que 6,8 % ont éprouvé un ÉSPT partiel. Au niveau du volet prospectif, les
résultats des analyses de régression indiquent que les facteurs de risque au niveau posttraumatique
(c.-à-d., les symptômes d'état de stress aigu (ÉSA) et de la dépression) sont les
prédicteurs les plus saillants. Les facteurs de risque pré-traumatiques (la stratégie de gestion du
stress au niveau émotionnel) et péri-traumatiques (la détresse péri-traumatique et la dissociation)
sont moins proéminents, mais demeurent néanmoins des facteurs de risque significatifs. Nous
n'avons pas observé de facteurs de protection associés négativement avec les symptômes de
l'ÉSPT. Les résultats d'une régression logistique multiple lors de l'étude rétrospective indiquent
que les facteurs de risque et de protection au niveau péri-traumatique (c.-à-d., la dissociation et le
soutien social pendant l'événement) sont les prédicteurs les plus prépondérants. Les résultats des
analyses descriptives dans l'étude rétrospective démontrent que les policiers ont recours à divers
moyens et stratégies d'adaptation pour faire face à un événement critique au travail. Les policiers
mentionnent que d'en parler aux collègues, obtenir leur soutien et avoir des loisirs sont des
aspects qui les aident particulièrement après un ÉT. Les policiers conseillent à leurs confrères qui
vivent un tel événement d'en parler, de consulter un psychologue et sont eux-mêmes ouverts en
majorité à l'idée de recevoir un tel service si besoin est.
Le faible taux de l'ÉSPT chez les policiers évalués dans cette étude contrairement
aux attentes initiales démontre que les policiers paraissent résilients, malgré le fait qu'ils
représentent une population à haut risque de vivre des ÉT dans le cadre de leur travail. Les
résultats de cette étude confirment plusieurs connaissances actuelles que l'on retrouve dans la
littérature portant sur diverses populations, dont les policiers. Puisque les facteurs associés avec
le développement de l'ÉSPT chez les policiers (c.-à-d. la dissociation, les réactions
émotionnelles et physiques, l'ÉSA, les symptômes dépressifs, les stratégies émotionnelles de
gestion du stress) peuvent potentiellement être atténués ou prévenus, des interventions
spécifiques et adaptées pourraient être développées afin de mieux cibler ceux-ci et ultérieurement
mieux prévenir le développement de l'ÉSPT. Les facteurs qui sont associés avec l'adaptation
suite au trauma (c.-à-d., la personnalité résistante au stress, le soutien social) peuvent, quant à
eux, être développés ou améliorés grâce à des stratégies préventives qui ont avantage à être
incluses dans des programmes de formation du personnel policier en général. Les résultats de
cette étude pourront enrichir la formation donnée par le Programme d'aide aux policiers et
policières (PAPP) du SPVM et d'autres corps policiers. De plus, les résultats viennent confirmer
l'importance d'une approche préventive qui est déjà une pratique préconisée et appliquée par le
PAPP. Cette approche pourrait également faire partie d'autres programmes d'aides aux employés
dans le cadre d'autres corps policiers.
Cette étude, la première de ce type au Québec, pourrait servir de point
de référence pour les prochaines recherches utilisant un échantillon de policiers québécois. Les
connaissances acquises permettront de faciliter le dépistage et la prévention de l'ÉSPT. De plus,
les recommandations formulées permettront au milieu policier de développer des stratégies
susceptibles de favoriser, à la fois, le développement de mécanismes de protection face aux ÉT à
venir et la diminution des facteurs de risque présents. Cette étude pourrait avoir des retombées
importantes pour les différents groupes de travail qui sont également à haut risque d'être
confrontés à des ÉT (les pompiers, les ambulanciers, les secouristes, les intervenants, etc.).