Le béryllium (Be) est rencontré lors de multiples usages industriels grâce à ses propriétés
uniques, toutefois il représente un risque pour la santé des travailleurs qui y sont exposés. La
bérylliose chronique (BC), une maladie professionnelle reliée à l'exposition au Be, serait la
progression d'une phase de sensibilisation consistant en une réponse immunitaire spécifique
suite à une exposition au Be. La voie d'absorption principale du Be est l'inhalation de particules,
toutefois la pénétration cutanée ne serait pas négligeable dans le processus de sensibilisation.
Depuis les années 90, la CSST a dû indemniser de nombreux travailleurs amenant une
préoccupation grandissante face au Be dans les milieux de travail. Des échantillonnages
périodiques sont maintenant requis dans les milieux où la présence de béryllium est connue. La
norme québécoise est de 0,15 µg/m3 de Be dans l'air pour une valeur d'exposition moyenne
pondérée, ce qui nécessite l'utilisation d'une méthode analytique ayant une faible limite de
détection. L'IRSST a développé une méthode d'analyse par ICP-MS1 permettant d'atteindre une
telle limite. Toutefois, l'utilisation de cette technique analytique est onéreuse. Afin de rendre
accessible une méthode pouvant être implantée dans les milieux de travail où les contrôles sur la
présence de béryllium sont fréquents, la technique de fluorescence moléculaire a été envisagée.
La fluorescence est une technique très sensible et des appareils portables sont disponibles
commercialement. La détermination du béryllium en fluorescence passe par la formation d'un
complexe avec un ligand qui possède des propriétés de fluorescence. Le 10-
hydroxybenzo[h]quinoline-7-sulfonate forme un complexe avec le béryllium qui émet une
fluorescence à 475 nm. L'intensité de l'émission est linéairement proportionnelle avec la
concentration de Be. De plus, le ligand semble spécifique au Be puisqu'aucun autre signal
d'émission n'a été observé en présence d'autres cations. Toutefois, une présence élevée en fer
cause une baisse du signal due à la précipitation des hydroxydes de fer en milieu basique. Les
essais de dissolution conduits avec l'oxyde de béryllium, une espèce pratiquement insoluble, et
le NH4HF2 1 % a permis d'atteindre des taux de récupération de près de 96 %. De plus, le
NH4HF2 est compatible avec le réactif. Une limite de détection méthodologique aussi basse que
0,0002 µg/échantillon a été atteinte permettant d'évaluer des quantités en deçà de la norme
québécoise. Les coefficients de variation de moins de 4 % obtenus pour la réplicabilité et la
répétabilité de cette méthode assurent une bonne précision des résultats. La méthode d'analyse
en fluorescence pour la détermination du béryllium est applicable à la méthode d'échantillonnage
dans l'air actuellement utilisée par l'IRSST.